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Bubblegeek : Le Blog de Freddy K
Saison 2010 Episode 07
Micmacs à tire-larigot de Jean Pierre Jeunet 7,5/10

Micmacs à tire-larigot marquait la rencontre au sommet de deux champions du box office français avec d'un coté Jeunet le réalisateur d'Amélie Poulain et de l'autre Dany Boon réalisateur et acteur de Bienvenu chez les ch'tis. Pourtant le film ne rencontrera pas vraiment un succès énorme en salle prouvant que deux pôles positifs ne s'additionnent pas fatalement. Pourtant le nouveau film de Jean Pierre Jeunet est une jolie fable poétique et amusante sur les petits poucets contre les grands, même si le film traite avec une extrême naïveté d'un sujet très lourd puisqu'il s'agît des marchands d'armes. Micmacs à tir-larigot raconte donc l'histoire de Bazil un jeune homme qui reçoit une balle perdue en pleine tête et qui depuis vit avec le projectile planté dans le crâne. Devenu SDF le jeune homme est alors recueilli par une bande de doux dingues chiffonniers et bricoleurs avec laquelle il va entreprendre de se venger des fabricants d'armes responsables de son état actuel. Jean Pierre Jeunet est un réalisateur qui possède un univers graphique et poétique qui lui est propre et ceci pour le meilleur comme pour le pire. Certains trouveront alors sans doute que le réalisateur ne fait que balbutier son cinéma tant on retrouve dans ce nouveau film des images sortants directement de l'esprit d' Amelie Poulain et des personnages décalés qui sont proches des univers de Delicatessen ou La cité des enfants perdus. On retrouve dans Micmacs à tire-larigot ce goût de l'esthétisme et des mots, des images chaudes aux teintes jaunâtres, les univers de bric et de broc, les digressions poétiques ,ses costumes, ses accessoires vieillots et ses décors rétro. Un univers renforcé par la famille artistique de Jeunet puisque l'on retrouve sur Micmacs à tire-larigot une grande partie de l'équipe technique des précédents films du réalisateur. Jean Pierre Jeunet s'entoure comme toujours d'une formidable troupe d'acteurs avec Yolande Moreau, Jean Pierre Marielle, Michel Cremades, Andre Dussolier, Nicolas Marie et une Marie-Julie Baup dans un personnage très « Amelie Poulain ». Il faut ajouter à cette jolie liste Dominique Pinon qui est absolument génial dans le film, Julie Ferrier formidablement touchante en femme élastique et bien évidemment Dany Boon qui se fond avec perfection et émotion dans l'univers de Jeunet. Micmacs à tire-larigot est une fable, une sorte de conte de fée pour adultes dans lequel des petits laisser pour compte bricolent avec les moyens du bord un combat contre des ogres capitalistes de l'armement. Fatalement la profonde naïveté poétique du message pourra énerver plus d'un spectateur qui jugera trop gentille et objectivement caricaturale cette farce pourtant bien humaine, mais Jean Pierre Jeunet possède le mérite et l'intégrité d'aller jusqu'au bout de son histoire et de son univers. Avec Micmacs à tire-larigot Jean Pierre Jeunet rend du coup un formidable hommage à l'imaginaire en citant Prévert, Chaplin, Bourvil ou Macel Carne sans oublier de réussir un magnifique clin d'œil à Marc Caro en citant Delicatessen. Et même si le film reste une relative déception par son manque de surprise et d'originalité, par le fait de certaines scènes moins réussis, par l'absence cruelle d'une vraie dimension dramatique et surtout par ce sujet sans doute trop énorme pour un film aussi gentil, il n'empêche que Micmacs à tire-larigot demeure une nouvelle belle réussite à mettre au crédit de Jean Pierre Jeunet. Et puis il est toujours aussi agréable de voir des films français avec de tels univers graphiques et poétiques et une mise en scène bourré d'une telle générosité et d'une multitude d'idées esthétiques. Il ne fait aucun doute que la bande à Bazil mérite qu'on s'y attarde le temps d'un film.
Bancs publics (Versailles rive droite) de Bruno Podalydes 03/10
Bruno Podalydes pourra vraiment se vanter d'avoir rassembler autour de son film un des casting les plus impressionnant du cinéma français de ses dernières années. L'un des plus grand plaisir du film, malheureusement peut être même le seul, reste de voir défiler sur l'écran des acteurs et actrices venant de différents horizons, de multiple univers et de divers générations. Des comédiens et comédiennes qui jouent le petit jeu du film et qui ne sont là parfois que le temps d'une simple apparition presque d'une simple figuration. Il est presque dommage que le générique et l'affiche du film annonce aussi fièrement son imposant casting ce qui gâche beaucoup le plaisir ludique de découvrir au hasard d'une scène les participations d'acteurs aussi divers que Poelvoorde, Chantal Lauby, Julie Depardieu, Olivier Gourmet, Pierre Arditi, Vincent Elbaz, Bruno Solo, Eric Elmosnino et beaucoup, beaucoup d'autres. Après je dois avouer que l'univers et le prétexte du film ont bien plus de mal à me séduire sur la durée et qu'au bout d' une petite heure on se lasse assez vite de cette succession de saynètes décrivant le microcosme de Versailles sur une journée. Car Bancs publics ne raconte finalement pas grand chose et utilise son concept de film chorale pour montrer une multitude de petits destins qui se croisent et s'entrecroisent sur quelques heures. Bruno Podalydes joue sur différents registre d'humour allant du comique de situation, d'une comédie très théâtrale basée sur les dialogues jusqu'à l'absurde le plus totale mais le film manque souvent de folie pour être vraiment hilarant et on reste le plus souvent dans un registre humour bien poli et trop sage . La mise en scène de Podalydes souffre aussi d'une sorte d'une fadeur et d'une neutralité absolu pour un film qui comme trop souvent dans le cinéma français se base uniquement sur son script, ses acteurs et ses dialogues. Divisé en trois parties tournantes chacune autour d'un lieu unique; entreprise, square public et un magasin de bricolage, Bancs publics se contente donc d'enchainer sur près de deux heures des séquences assez inégales totalement recentrées sur cet amour évident des acteurs. Avec un peu plus de folie, une mise en image moins anonyme et une plus grosse trame scénaristique Bancs publics aurait pu devenir un film formidable, en l'état et même si c'est devenu une formule un poil cliché le film de Podalydes est un formidable exemple d'un cinéma français pour bobos qui se regarde avec une grande satisfaction le nombril.
Lake Mungo de Joel Anderson 07,5/10

Lake Mungo est un vrai faux documentaire qui traite de phénomènes paranormaux frappant une famille après la mort tragique de leur fille. Fatalement le concept fait immédiatement référence à d'autres documenteurs fantastique comme Le projet Blair Witch et la coquille vide Paranormal Activity. Mais Lake Mungo se démarque assez vite des films précités et n'adopte aucunement un point de vu strictement subjectif des choses, Jeff Anderson joue même avec différents supports et de nombreux style d'images allant de l'image d'actualité en passant par le film documentaire classique avec de nombreux entretiens et des points de vues plus subjectifs de caméra de surveillance, photos ou encore petits films captés à l'aide d'un téléphone portable. Le réalisateur réussit alors à combiner parfaitement les différents éléments pour livrer un récit sous forme d'enquête dont le premier mérite est de rester captivant durant tout le temps du film. Les acteurs sont parfaitement crédibles dans le registre pourtant délicat du cinéma vérité et Jeff Anderson maintient une attention constante sur son récit en orchestrant à l'intérieur même de son enquête de nombreux et parfois surprenant coup de théâtre. Lake Mungo est juste un film captivant et étonnant qui distille à mesure qu'il avance un véritable sentiment d'angoisse et de tension. Pourtant le film de Jeff Anderson ne joue aucunement sur le registre d'un fantôme agressif et encore moins sur des jump scares bidons. Lake Mungo joue d'une angoisse diffuse, discrète mais profonde à travers une simple présence inhabituelle dans un cadre extrêmement réaliste et quotidien. Parfaitement maitrisé dans son déroulement comme dans sa technique Lake Mungo est une sorte de machine implacable à angoisse dont l'intérêt se poursuit jusque dans son formidable générique de fin. En plus Jeff Anderson ne se contente pas de filmer une histoire d'esprit mais donne à son récit différents niveaux de lectures car Lake Mungo parle aussi du deuil et de la mémoire, des supercheries de l'imagerie paranormal et d'une famille dans l'apparence peut s'effondrer sous le poids d'un drame. Le film prend même parfois des allures de Twin Peaks lorsque la famiille découvre la face cachée de la vie bien trop sage de leur fille décédée, ce n'est sans doute pas un hasard si cette jeune fille se nomme dans le film Alice Palmer. Lake Mungo sans être révolutionnaire reste un film intelligent et efficace qui joue sur une ambiance suffisamment angoissante pour être soulignée, la fameuse scène au lake Mungo filmée avec un simple téléphone portable est à ce titre particulièrement efficace. Pourtant mille coudée au dessus de Paranormal activity ce Lake Mungo du jeune réalisateur australien Jeff Anderson n'est encore sur aucun planning d'éditeurs de DVD et encore moins à l'ordre du jour d'une sortie en salle, il reste encore heureusement d'autre moyen de découvrir des films.
Scarce de Jesse T. Cook et John Geddes 02/10

Scarce est un nouveau survival qui vient s'inscrire dans la longue liste des films appartenant au genre à sortit directement en DVD chez nous. Ce petit film est écrit, réalisé et interprété par deux jeunes gens fans de films de genres Jesse T Cook et John Geddes est malheureusement bien loin d'apporter un peu de sang neuf dans un genre déjà ultra codifié et Scarce se contente donc d'enchaîner les pires clichés du genre sans imagination, sans âme et accessoirement sans talent particulier. On assiste donc au schéma classique de trois jeunes gens qui se paument en rentrant chez eux après des vacances au ski, du coup il font une halte dans un restaurant dégueulasse et rempli de bouseux aussi sales que moches et s'empressent de suivre les conseils de l'un d'entre eux pour rejoindre l'autoroute. Manque de bol les trois jeunes finissent par avoir un accident et se précipitent alors sur la première maison qu'ils vont trouver, ils sont alors recueilli par un brave redneck du coin qui leur explique que les temps sont durs et que le gibier se fait rare avec la tempête de neige. La suite inutile de la raconter 99% des amateurs de genre l'auront de toute façon immédiatement deviné.. On assiste à la mécanique classique 45 minutes de mise en place et 45 minutes d'horreur. A défaut d'être originale cette histoire pourrait être simplement efficace, viscérale ou dramatiquement intense mais là encore il n'en est rien et Scarce ne propose finalement rien de bien appétissant à se mettre sous la dent entre ses effets gores déjà vus et revus, ses personnages caricaturaux et stupides, son ambiance cliché, sa figure de méchant ridicule et une mise en scène poussive utilisant des effets n'importe comment comme ce magnifique ralenti pesant montrant un des deux personnages principaux allant aux chiottes en se tenant le bide. La tempête de neige tout en numérique est elle aussi assez laide et aucunement crédible vu que les personnages qui sont en dessous n'ont jamais un seul flocon sur eux. Niveau gore le film la joue post-Saw avec deux ou trois tortures style dent arrachée à la pince et un ongle arraché à la tenaille avant que cruauté extrême et âmes sensibles s'abstenir devant tant de cruauté le méchant ne vienne marcher sur le pied du malheureux. Le dernier acte se voudrait particulièrement malsain en ajoutant une grosse dose de perversion sexuelle aux actes de cannibalisme mais encore une fois c'est le ridicule l'emporte de très loin sur le malaise. Scarce souffre de son manque de moyen autant que de son flagrant manque d'imagination et de talent car il en faut pour venir transcender une base aussi pauvre afin de livrer un film regardable. Dernier petit détail aussi amusant qu'édifiant l'éditeur du DVD n'hésite pas à annoncer fièrement sur la jaquette du film « Par le réalisateur de Saw 2,3,4 » alors que ce pauvre Darren Lynn Bousman n'a vraiment pas grand chose à voir avec le film à part d'avoir servi de caution à Scarce qui mettait en avant sur sa jaquette américaine une déclaration de Bousman qui disait « Brutal, raw and full of all the red neck cannibalism one can handle ». Lorsque le produit est particulièrement mauvais les méthodes pour le vendre deviennent elles aussi très douteuses.
Voilà une semaine se termine, une autre va bientôt commencer avec le printemps du cinéma dedans. To be continued .....
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Saison 2010 Episode 06
Cineman de Yann Moix 05/10

Après Podium un premier film plutôt réussit et assez drôle sur le monde des sosies, Yann Moix revient au cinéma avec un second long métrage intitulé Cineman. Un film qui se base sur un concept aussi amusant que totalement original avec cette histoire d'un petit professeur de mathématique qui se retrouve projeté de films en films afin de sauver une actrice en danger laquelle est trimballée à travers divers univers cinématographique par un super méchant. Cinéman était donc un véritable objet de curiosité car il faut bien avouer que le cinéma français propose rarement des idées aussi folle et novatrice que celle ci. Il restait à transformer cette belle idée en un bon film et c'est là que Cinéman part franchement en sucette. Le premier gros problème du film tient pour beaucoup de son acteur principal Franck Dubosc qui semble traverser tout le film en faisant encore et toujours du Franck Dubosc, mais sait il faire autre chose ?? C'est d'autant plus dommage que la nature même du film lui permettait d'explorer des dizaines de facettes différentes d'un même personnage et de jouer sur plusieurs registres de comédie. On a donc assez vite le sentiment d'une longue succession de saynètes dans lesquels le comédien se déguise comme un gamin en cowboy ,Zorro, Robin des bois pour faire son show dans différents sketches tournant autour du cinéma. Le concept finit donc assez vite par tourner un peu à vide tant on a la sensation que Yann Moix n'a finalement pas grand chose à raconter et qu'il se raccroche uniquement à la force de son concept pour se faire plaisir en rendant hommage au cinéma qu'il aime plutôt que de réellement nous raconter une histoire. L'histoire d'amour entre ce petit prof de maths et l'actrice censé pourtant être le ciment de l'histoire n'est par exemple pas crédible une seule seconde à l'écran. Le film comporte aussi des tonnes de choix très discutables comme l'amplification systématique des sons et une prolifération de bruitages très cartoon, des dialogues qui le plus souvent tombent complètement à plat, de nombreux gags pas drôles du tout et certaines scènes particulièrement laides graphiquement. On pourra par exemple s'interroger sur le choix de traiter l'univers réel du personnage d'une façon aussi caricaturale et cinématographique alors que Yann Moix pouvait jouer graphiquement sur l'opposition entre l'univers cinématographique et une réalité bien plus terre à terre. Il reste alors le plaisir de se trimballer même si c'est de façon aussi vaine dans divers univers cinématographique du peplum à Taxi driver en passant par Duellistes, Barry Lyndon,le western à la Sergio Leone, Orange mécanique ou Tarzan, des films très différents dont certains sont graphiquement plutôt bien rendus à l'écran. Il reste surtout cette sensation d'un sujet en or massif transformé en plomb par Yann Moix même si au détour de quelques scènes le réalisateur livre des moments ludiques et amusant comme lorsque Marisa Berenson dérangée par Dubosc en plein milieu de Barry Lyndon demande qu'on le renvoi au camping, une façon amusante de dénoncer le mépris du cinéma populaire par une forme d'élite intellectuelle qui hiérarchise systématiquement les films comme si il était impossible d'aimer différentes sorte et niveau de cinéma. On retiendras aussi la très belle présence de Pierre Richard et son regard lumineux lorsqu'il regarde l'écran de cinéma. Cinéman finirait presque par remporter le morceau lorsque le film prend enfin une vraie dimension symbolique qui donne au pouvoir de l'imaginaire et de l'illusion des vertus magnifiques qui peuvent transcender la morosité du réel, une belle déclaration d'amour au cinéma et à ses fans mais qui arrive un peu trop tard. Yann Moix semble avoir trouver le vrai sujet de son film alors que celui ci se termine. Cineman est donc une déception et un film qui aurait sans doute mérité une plus grande maitrise et un plus grand sérieux car un sujet en or ne se traite pas d'une façon aussi désinvolte je m'en foutiste. Une chose reste certaine le film de Yannn Moix mérite un petit peu mieux que d'être traité comme une sombre navet sans le moindre intérêt comme il le fut lors de sa sortie en salle.
Man with the screaming brain de Bruce Cambell 00/10

Acteur culte et vénéré par toute une horde de geeks fans de la trilogie Evil Dead réalisé par Sam Raimi, Bruce Campbell passe donc derrière la caméra afin de réaliser son tout premier film au titre très sixties Man with the screaming brain. Pour son premier film Bruce Campbell choisit donc le registre de la comédie fantastique et totalement loufoque avec cette histoire de savant fou réussissant à faire cohabiter dans une même boîte crânienne deux moitié de cerveaux différents. Tourné en Bulgarie avec de tout petit moyen le film de Bruce Campbell pouvait sans doute prétendre au statut de gentil bis sans prétention mais Man with the screalming brain atteint à peine le statut de film regardable. Il est même assez affligeant de voir Campbell se compromettre dans une telle pantalonnade réalisé avec les pieds et jouant sur un registre d'humour tellement bas du front que je le pensais réservé aux pires Z français des années 80 du style Plus moche que Frankenstein tu meurs avec Aldo Maccione. C'est presque embarrassant à dire mais il n'est strictement rien à sauver de ce triste navet qui manque autant de rythme que d'humour et qui traine lamentablement la patte sur 90 minutes avec un humour poussif qui fait vraiment peine à voir. Bruce Campbell tente bien de jouer deux trois fois sur l'humour cartoon en se donnant des coups et des gifles comme son personnage culte de Evil dead mais la mise en scène ne possède ni le talent ni la folie d'un Sam Raimi pour rendre l'action un petit peu amusante. La direction d'acteurs est quasi inexistante et les comédiens tels que Ted Raimi et Stacy Keach se contente le plus souvent de grimacer comme des malades pour tenter d'arracher un sourire à des spectateurs médusés devant tant de niaiseries. La mise en scène anonyme digne d'un téléfilm de M6 est terriblement molle y compris dans les scènes d'action et souffre d'un flagrant manque de personnalité et d'envergure. Même au 546éme degré ce Man with the screaming brain ressemble à une véritable purge d'autant plus énervante qu'elle ternit fâcheusement la réputation d'un acteur par ailleurs formidable.Niveau relecture délirante du mythe de Frankenstein je préfère mille fois le Frankenhooker de Franck Henenlotter
Special de Hal Haberman et Jeremy Passmore 07/10

Special est un film bien étrange qui traite à hauteur d'homme la mythologie des super héros à travers le parcours d'un homme des plus ordinaire qui se croit soudain doté de pouvoirs extraordinaire à la suite d'une expérience médicale. Le film de Haberman et Passmore est volontairement totalement ancré dans l'ordinaire et le quotidien de leur héros au point de refuser une trop grande qualité esthétique de l'image jusqu'à livrer une œuvre assez brut de décoffrage ressemblant parfois à un film sortant du Dogme initié par Lars Von Trier. Le film est entièrement concentré sur le personnage de Les Franken superbement interprété par Michael Rappaport et sur l'ambiguïté concernant la réalité ou l'illusion de ses étranges nouveaux pouvoirs. Special montre alors avec beaucoup de justesse et de tendresse un homme trop ordinaire pour ne pas se raccrocher désespérément au rêve de devenir exceptionnel en s'inventant super héros. Le film de Haberman et Passmore oscille alors constamment entre humour absurde montrant Les Franken se fracasser contre les murs en pensant les traverser, un fantastique discret et une véritable tragédie humaine sur la solitude des êtres trop ordinaires qui n'existent qu'à travers leurs rêves. Michael Rappaport est formidable de présence et d'humanité réussissant à donner une belle épaisseur psychologique à ce personnage improbable se prenant soudain pour un super héros de comics prêt à défendre la veuve et l'orphelin. Spécial est donc une sorte d'Ovni cinématographique qui traite de l'obsession, de la solitude mais aussi d'une forme ancestrale de lutte des classes entre les anonymes et les puissants. Surprenant, amusant, émouvant, original et formidablement bien écrit Special se range dans la catégories des belles surprises et des grands petits films.
La vida Loca de Christian Poveda 07,5/10

La vida Loca est un film documentaire qui plonge le spectateur en plein cœur d'un des Maras, les gangs les plus dangereux de San Salvador. Christian Poveda a passé une année entière à suivre au plus près et au quotidien les membres et les familles de cette armée anonyme dont la violence gangrène la société de San Salvador au prix du sacrifice constant de sa jeunesse. On compte pas moins 15000 membres répartis sur deux différents gangs lesquels se livrent une lutte éternelle sanglante et sans merci sans même en connaître les origines. Christian Poveda a choisit de suivre le gang des 18, sans explications de texte et sans commentaires le réalisateur pose un regard aussi distant et neutre que possible sur le quotidien de personnages qui sont avant toute chose des hommes et des femmes tentant de survivre dans cet univers. Le film montre tout le cotè tribal des gangs avec les codes, les rites et les signes de reconnaissance dont ses tatouages immense que femmes et hommes arborent fièrement comme un signe d'appartenance au clan. Mais le film de Poveda montre surtout à quel point les gangs représentent une famille pour les laisser pour compte d'un système qui retrouvent dans ces organisations fraternité,famille et solidarité. Plutôt que de rechercher les images chocs et les aspects les plus violents de l'univers des gangs Christian Poveda préfère montrer les efforts de personnages qui se débattent pour survivre dans un monde rythmé par la mort qui revient toujours frappée de manière métronomique et inéluctable. On assiste alors, bien content d'être un spectateur distant, au quotidien de ses gens qui se débattent ente effort d'insertion par le travail, prison, répression policière, travail des juges, problème familiaux et recherche de petit bonheurs. Sans pouvoir vraiment parler de mise en scène La vida loca applique une sorte de mécanique implacable dans sa construction avec une forme d'éternel retour vers la mort le film étant régulièrement marqué par des scènes de funérailles comme une spirale infernale qui replonge toujours les gangs vers une violence se nourrissant de la violence et de désirs de vengeance. On finirait presque par s'habituer à cette triste mécanique morbide lorsque cette mort vient alors frapper l'un des personnages que Christian Poveda avait décidé de suivre plus particulièrement pour son film. La mort de cette jeune femme attachante remet alors en perspective notre regard sur le décès des anonymes qui sont avant toute chose des hommes et des femmes, souvent des gamins avec des vies, des rêves, des amis, des familles et des aspirations au bonheur. La vida loca laisse alors en bouche un goût amer d'une jeunesse sacrifiée mutilant ses propres rêves sur le front d'un conflit sans fin. Christian Poveda finira lui même par devenir une victime de cette violence aveugle puisque le 02 septembre 2009 il est retrouvé mort tué par balles à Salvador alors qu'il préparait un nouveau film sur les gangs et cette violence qui ravage son pays. Le cinéaste avait incontestablement des couilles aussi grosse que le cœur pour venir poser un regard aussi lucide et généreux sur un univers aussi dangereux, La vida Loca en est un extraordinaire témoignage.
Voilà une semaine se termine, une autre a déjà commencer; To be continued ....
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THE CHILDREN de Tom SHANKLAND
Après Waz un premier film extrêmement prometteur qui avait la bonne idée de combiner l'intensité étouffante d'un thriller sombre avec de véritables enjeux dramatiques Tom Shankland revient avec un second film intitulé The children qui cette fois ci raconte l'histoire de gamins contaminés par un étrange virus qui libère chez eux des pulsions sadiques et homicides. Un second film parfaitement réussis qui classe illico Tom Shankland parmi les cinéastes à suivre avec beaucoup d'attention.
The children raconte l'histoire de deux familles qui se retrouvent dans une grande maison de campagne afin de célébrer ensemble les fêtes de fin d'années. Pourtant très vite les enfants commencent à avoir des comportements étranges et semblent affectés par une étrange maladie. Les enfants deviennent alors de redoutables créatures qui se retournent avec violence contre leurs propres parents et proches.

The children commence presque comme une petite comédie de mœurs à la française avec donc ses deux sœurs qui se retrouvent avec maris et enfants respectifs pour passer ensemble les fêtes de fin d'années dans la joie et la bonne humeur. Il suffit alors à Tom Shankland de quelques scènes d'exposition agrémentées de dialogues pertinents pour exposer brillamment toute les tensions, les non-dits et les enjeux dramatiques qui rongent les deux familles. Sans jamais en faire des caisses Tom Shankland montre par petites touches les clivages profonds entre les deux familles notamment sur les questions d'éducation et les tensions existantes au sein d'une même famille entre refus d'autorité et besoin de reconnaissance affective. On comprends alors très vite les divergences d'opinion entre les deux couples sur des notions aussi divers que le châtiment corporel, la récompense, le respect de l'adulte. Une mise en place particulièrement brève mais parfaitement carré et efficace qui pose alors des enjeux multiples que bien des films mettent 90 minutes à exposer. On pourra juste regretter que la durée assez réduite du film ,qui lui confère pourtant un rythme parfait, empêche de montrer un petit peu plus la force des liens affectifs et la complicité entre les parents et leurs enfants, mais on comprend aussi assez vite que Tom Shankland prend le pari logique de dire que fatalement parents et enfants sont unis par des liens tellement forts et évidents qu'il n'est aucunement besoin de venir les sur-exposer à l'écran.

Tom Shankland laisse à son film le temps d'installer un climat particulièrement oppressant qui prend ses racines profondes dans le quotidien et la banalité des actes et comportements des enfants. Dans The children Tom Shankland a l'excellente idée de ne jamais montrer les enfants comme des monstres grimaçant avec une force surhumaine et un faciès horrible mais de les laisser dans tout ce qu'ils peuvent avoir d'innocence et de fragilité. Ce mystérieux virus qui frappe les enfants semble finalement ne faire que désinhiber les pulsions les plus déviantes qui existent potentiellement chez eux. Car dans la première partie du film Tom Shankland montre les enfants tels qu'ils peuvent être au quotidien à savoir imprévisible et violent à l'image du petit Paulie qui gifle son père sous prétexte que ce dernier le secoue un peu trop. Le film montre aussi une forme de cruauté morbide dans l'imaginaire des enfants avec la façon dont il traite leurs jouets, une fascination pour l'interdit à l'image de la petite fille qui tente de saisir le couteau ou encore un univers obsessionnel dans lequel on parle tout seul et l'on peux rester imperturbable à faire éternellement le même geste comme Paulie frappant sur son xylophone. Les enfants semblent donc inquiétants de nature, ils vivent dans un univers qui leur est propre et possède incontestablement une forme d'attirance et de fascination pour l'interdit et les limites. Partant de ce constat Tom Shankland n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour installer un climat de malaise oppressant en partant de la simple idée qu'il suffirait sans doute de retirer à des enfants des limites affectives, éducatives et morales pour en faire des individus dangereux. Du coup un simple repas de famille avec des gosses fatigués et bruyant devient un grand moment de tension tout comme ce gamin regardant debout et immobile dormir ses parents, un plan qui fait directement référence au film Les innocents de Jack Clayton que Tom Shankland cite ouvertement comme source d'inspiration dans les bonus DVD du film.

Une fois le caractère violent et l'aspect meurtrier des enfants totalement révélé The children devient un thriller fantastique sombre, violent, tendu et particulièrement bien maîtrisé. Tom Shankland évite la surenchère démonstrative d'effets gore trop tape à l'œil pour livrer un film avec des effets horrifiques peu spectaculaire mais très efficace dans le registre des blessures qui font mal. On reste en plus toujours dans une approche crédible des blessures que peuvent infliger des enfants à des adultes en élaborant des plans machiavéliques. C'est presque une figure imposée des films mettant en scène des enfants tueurs ou maléfiques mais Tom Shankland joue également à merveille sur la nature innocente de ses petits monstres et sur la difficulté pour les adultes qui sont ici en plus leurs parents à croire en la nature mauvaise de leurs enfants. Les adultes du film resteront le plus souvent incrédule devant les événements en rejetant systématiquement la faute et la culpabilité sur l'autre et plus particulièrement sur le personnage de l'adolescente qui par essence ne possède plus l'innocence des enfants ni tout à fait la raison des adultes. The children montre alors à quel point l'amour portée par les parents envers leurs enfants sera le moteur de leur propre perte car c'est paradoxalement en voulant protéger leur progéniture que la plupart des adultes du film iront se précipiter vers la mort. La scène montrant Chloe (Rachel Shelley) recherchant désespérément ses deux enfants dans un sous bois enneigé avant de les étreindre enfin pour un dernier calin mortel est par exemple une scène assez magnifique. De notre incapacité morale et affective à faire du mal à un enfant (Quien puede matar a un nino ?) naissent alors des scènes de tensions formidable comme lorsque Elaine (Eva Birthistle) regarde s'avancer vers elle sans pouvoir réagir ou se défendre deux enfants pourtant bien décider à venir l'étriper. Ce ne sont alors que sur des notions d'instincts, de préservation et de rage que les personnages trouveront enfin le courage de voir en ses enfants des dangers et des ennemis qu'il faut alors supprimer sans la moindre pitié. Il ne manque alors qu'une toute petite chose à The children pour s'imposer comme un véritable chef d'œuvre et cette petite chose qui fait défaut au film reste sans conteste un certain manque d'implication dramatique dans les événements. Le film concentré sur 85 minutes ne laisse pas vraiment le temps au spectateur de s'identifier ni de prendre totalement en affection les personnages du films qui sont pourtant parfaitement crédibles et naturels y compris l'adolescente pourtant assez caricaturale dans son look comme dans son comportement.

The children fait aussi preuve d'une belle maîtrise formelle, Tom Shankland utilisant à merveille le cadre enneigé de son décor qui décidément sied parfaitement à l'univers des enfants maléfiques comme le prouvait déjà le très bon Esther sorti l'année dernière. The children est surtout un pur film de terreur qui comporte de nombreuses séquences de tension pure dans lesquelles les nerfs du spectateur seront mis à rude épreuve notamment lorsque Tom Shankland joue avec délice sur l'ambiguïté d'une contamination supposée du personnage de Miranda. Le final est lui aussi un grand moment de flippe lorsque Tom Shankland élargit le spectre de la contamination à d'autres enfants dont les premières apparitions immobiles dans la neige sont particulièrement efficaces. The children propose même quelques très jolies moment de mise en scène comme ce plan aérien, cette plongée vertigineuse montrant un personnage suivant les traces de sang dans la neige immaculé ou encore lors de la séquence de la serre avec les morceaux de verre qui tombe sur le xylophone de Paulie pour en extraire une ultime mélodie. The children offre également un fin à la fois ouverte et relativement sans issus, si l'on comprends parfaitement que la contamination est en train de s'étendre on pourra en revanche faire divers interprétations du plan final sur le personnage de Casey. En une seule image Tom Shankland montre alors toute l'ambiguïté de l'adolescence, de cette période perdue entre l'enfance et l'age adulte car bien malin celui qui pourra affirmer si Casey fait alors partie des enfants et donc des contaminés ou bien si son regard perdu et froid est celui d'une adulte ayant définitivement tirer un trait rouge sang sur son innocence.

The children s'impose illico comme l'un des meilleurs films traitant de l'enfance meurtrière et du coup Tom Shankland rejoint en deux films seulement le clan des réalisateurs de films de genre à suivre avec respect et attention d'autant plus que les bonus DVD montre un homme particulièrement humble, sincère ,passionné et talentueux à l'image de ses films.
Ma note : 08/10
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Saison 2010 Episode 05
Neuilly sa mère de Gabriel Julien-Laferriere 05/10

Sami, un jeune petit gamin de banlieue se retrouve contraint d'aller vivre durant quelques mois chez sa tante à Neuilly-sur-seine. Pour je jeune beur le choc des cultures va être rude et il se retrouve d'un seul coup plongé au beau milieu d'une famille bourgeoise entre bonne manières, ambitions politiques et préjugés. Autant le dire tout de suite Neuilly sa mère ne fait pas du tout dans la subtilité et la finesse dans sa description de la bourgeoisie blanche de Neuilly-sur-seine, le film charrie même à la pelle des tonnes de gros clichés plus ou moins pertinents. Le film de Gabriel Julien-Laferriere prend à l'évidence le parti pris d'une vision totalement caricaturale des personnages et des faits dont les traits vont se noircir systématiquement jusqu'à s'éloigner d'une vision purement réaliste et sociale de l'histoire. Car pour apprécier au minimum Neuilly sa mère il faut sans doute se faire à l'idée que le film est surtout une fable sociale destinée à un jeune public, un film qui paradoxalement devient donc de plus en plus subtil à mesure qu'il semble devenir grossièrement caricaturale. On a parfois la sensation que Neuilly sa mère renvoie délibérèment par son regard sur Neuilly et sa bourgeoisie blanche aux regards caricaturaux et remplis de préjugés qui peuvent encore exister sur la banlieue, une manière bien plus maligne qu'il n'y paraît de dénoncer les aprioris. Si l'on se tient à une vision très premier degrés du film il est certains que l'on ne pourra que grincer des dents devant cette vision idyllique de la banlieue avec cette belle France black, blanc, beur vivant heureuse dans l'amour et l'amitié en opposition avec la France blanche et bourgeoise, opulente, raciste et catholique vivant souvent dans le conflit. Le cousin de Sami par exemple est un gamin rongé d'ambitions politiques avec des posters de l'UMP, Chirac, Bush et Sarkozy dans sa chambre, qui fait son jogging avec des lunettes noires, qui écoute Carla Bruni et qui ne voit en Sami qu'une racaille de plus. On est donc bien loin d'être dans le registre de la finesse psychologique et le film force encore et toujours toujours à l'extrême le trait. Pour ceux qui n'aurait pas encore compris l'allusion à Sarkozy le film reprend donc et parodie de nombreuses phrases emblématiques de notre président sur le registre de « ma chambre tu l'aimes ou tu la quitte » et autres allusion au karcher, à la France qui se lève tôt, à travailler plus etc etc... Neuilly sa mère est au final un film sur le fil du rasoir qui prend le risque d'être monstrueusement caricaturale au point de devenir totalement détestable (certains le juge carrément raciste envers les blancs et les français). Pourtant sans être un très grand film Neuilly sa mère a la mérite de poser simplement par l'absurde la question du regard et des aprioris que nous avons sur les autres pour prôner un rapprochement multi-culturel et social. Le film est plutôt sympathique et finalement assez agréable à regarder même si souvent l'énormité des gags, des situations et des personnages empêche toute implication direct. Il est clair qu'on sourit donc bien plus souvent que l'on n'éclate de rire même si le film comporte quelques moments assez drôles comme une réplique assez formidable sur Balladur et un échange d'insultes jouissif entre Valérie Lemercier et Bruno Podalydes . On pourra aussi s'amuser à retrouver au détour d'une scène de nombreuses apparitions de guests comme Olivier Baroux, François Xavier-Demaison, Eric et Ramzy, Elie Semoun, Pascal Elbe ou Mokobe. Au final on ne pourra que regretter que Neuilly sa mère ne soit pas beaucoup plus féroce et méchant dans son humour, juste histoire de transcender la caricature. Bien plus finaude qu'il n'y paraît mais trop gentille dans son humour Neuilly sa mère reste un gentil divertissement familiale qui a le mérite de venir titiller gentiment nos préjugés.Fair Play de Lionel Bailliu 4,5/10

Fair play est un film plutôt malin et original qui déplace les luttes intestines d'une entreprise sur le cadre de terrains de sports. On assiste donc le temps de six séquences aux luttes, manipulations, pressions, harcèlements, humiliations et dominations de divers acteurs d'une entreprise qui se livrent une guerre psychologique sans merci afin de conserver pouvoir, promotions et réussite. La structure du film qui se divise en six séquences bien distinctes donne à Fair play des faux airs de film à sketches même si l'ensemble et relié par le fil conducteur d'une seule et unique intrigue. Il est assez dommageable que Fair Play aligne finalement des séquences qui vont s'avérer particulièrement inégales et qui surtout deviennent de moins en moins prenante et réussis à mesure que le film avance. Si l'on occulte un prologue pas des plus convaincant on pourrait même dire que le film de Lionel Bailliu perd grandement en intensité à mesure qu'il avance pour se terminer sur une très longue scène de canyoning dans laquelle les personnages deviennent bien trop caricaturaux et les enjeux trop répétitifs pour faire de cette séquence pourtant censé être l'apogée dramatique du film une vraie réussite. C'est d'autant plus dommage que le temps de trois séquences le film fonctionnait vraiment bien en alliant une sorte de férocité noire et jouissive sur les rapports de forces entre différents collaborateurs d'une même entreprise et une tension réellement dramatique . La scène du squash qui est d'ailleurs à l'origine un court métrage du réalisateur est une très belle réussite et sans aucun doute la meilleure séquence du film. Il est assez jouissif de voir ce patron tenter d'humilier sportivement un jeune cadre en mettant à rude épreuves ses limites morales, physiques, sa ténacité,sa combativité et son fair play jusqu'à jouer son licenciement sur le résultat final du match. La séquence est en plus formidablement bien réalisée avec une utilisation très intelligente du bruit de la balle qui frappe aussi fort que les coups de putes psychologiques que se donnent les deux hommes brillamment interprétés par Jeremy Renier et l'excellent Erci Savin. La confrontation entre Benoit Magimel et Marion Cotillard sur un parcours de santé est elle aussi assez savoureuse tant les deux acteurs s'en donnent à cœur joie dans le registre de la manipulation crasse et du chantage avec des personnages juste ce qu'il faut de caricaturale. Dommage que ses deux scènes plus celle du golf soient finalement les seules qui fonctionnent parfaitement et que l'intérêt du film se dilue totalement ensuite à mesure qu'il avance pour finir par rabâcher ses enjeux dans des scènes de plus en plus mal foutues, caricaturales et improbables. Lionel Bailliu semble avec Fair play avoir voulut un peu trop allonger la sauce de son court métrage pour en faire un long jusqu'à en diluer totalement la noirceur. Fair play reste pourtant un bon petit film agréable à regarder même si il est vraiment fort regrettable que le film ne tienne pas sur la distance toute l'intensité de cette formidable scène du squash.
Inside de Phedon Papamichael 07/10

inside est un film qui prend pour cadre une paisible petite communauté des Etats-Unis qui soudain se retrouve confrontée à une vague inexpliquée de suicides. Les habitants de cette petite bourgade très catholiques semblent alors victimes d'une forme de malédiction se transmettant tel un virus et poussant les personnes à se supprimer les unes après les autres. Le tout premier film de Phedon Papamichael ancien directeur photo de grosses productions tels que walk the line, Identity , sideways est d'une excellente facture mais souffre d'un certain manque de radicalité dans ses choix qui font que le film semble souvent cruellement manquer d'audace. Tout le coté purement fantastique du film est toujours un peu en demi teinte et Phedon Papamichael a vraiment bien du mal à installer un climat d'angoisse un peu convaincant. Empruntant beaucoup aux figures fantomatiques des films d'horreur japonais, les apparitions des doubles des futurs victimes sont assez rarement inquiétantes et surtout elles s'inscrivent dans des schémas de mise en scène maintes fois vues et revues. Le sous texte du film qui prend pour cadre cette petite communauté ultra-catholique virant à l'intégrisme revanchard est par contre bien plus intéressante. Inside montre alors comment le fanatisme religieux peut virer à l'obscurantisme dont la radicalité n'a alors d'égale que la violence. La scène durant laquelle le personnage interprété par le très bon Adam Goldberg (Zodiac, Salton sea) brule vivante une jeune fille au nom du bien et du christ est alors de loin la séquence la plus marquante du film bien que objectivement elle soit très légèrement inspiré dans l'esprit par Frailty le chef d'œuvre de Bill Paxton. Inside souffre malheureusement en plus de son manque d'originalité de ne jamais parvenir à être effrayant et de proposer des personnage pas assez fouillés pour être totalement convaincants à l'écran. Inside reste finalement un premier film prometteur et une relativement bonne surprise carré et efficace mais sans surprises, le film de Phedon Papamichael a au moins le mérite de proposer un récit avec différents niveaux de lectures, une belle qualité de son aspect visuelle et un final d'une belle noirceur.
Sans oublier le génial Mary and Max chroniqué juste en dessous.
Voilà une semaine se termine , une autre va bientôt commencer. To be continued .....
aucun commentaire
MARY & MAX de Adam ELLIOT
J'ai toujours eu une très grande tendresse pour les films d'animation qui représentent assez souvent une belle opportunité de replonger un peu vers l'enfance et une forme d'innocence perdue. Et puis l'ambiance graphique des films d'animation est souvent extrêmement riche et aussi multiple que peuvent être les imaginations et les univers de leurs auteurs. Même si le film d'animation souffre parfois d'une certaine uniformisation thématique et formelle en s'appuyant sur des formules parfaitement calibrées pour séduire un jeune public, cela reste sans doute le genre de film que je préfère juste après le cinéma fantastique et horrifique. De la même manière que j'aimerais pouvoir poser un regard sur absolument tous les films d'horreur qui sortent y compris les pires purges j'essaye de voir un maximum de films d'animation y compris les plus commerciaux. J'avais pourtant lamentablement raté Mary And Max lors de sa sortie en salle mais j'ai immédiatement pris l'option de l'acheter en Blu-ray dès sa sortie en DVD et c'est finalement un très bon choix car le film est une pure merveille et un chef d'œuvre instantané.Mary et Max raconte l'histoire d'une longue correspondance épistolaire entre une petite fille de huit ans vivant en Australie et un homme de 44 ans vivant quand à lui aux Etats-Unis. Pendant plus de vingt ans et sans jamais se rencontrer Mary et Max vont échanger sur leurs propres vies et devenir ainsi de véritables amis réunis entre autres choses par leur difficulté commune à vivre en société.
Mary et Max est avant tout une petite merveille graphique avec une véritable identité formelle qui fait que le film ressemble à bien peu de choses déjà existantes. L'animation image par image à base de pâte à modeler rapproche fatalement le travail de Adam Elliot des films produits par le studio Aardman et des œuvres de Nick Park mais si la méthode est plus ou moins la même en revanche le résultat est beaucoup plus sombre et réaliste chez Elliot que dans l'univers toujours très cartoon d'un Wallace et Gromit par exemple. Le film de Adam Elliot est vraiment marquè par une signature graphique extrêmement forte et personnelle qui va immédiatement à l'encontre des nombreux films en images de synthèses qui finissent malheureusement un peu par tous se ressembler. Ici le réalisateur plante un univers avec des options esthétiques radicales mais toujours pertinentes comme de divisé son film en deux valeurs chromatiques avec des ton de brun et de marron sépia pour l'univers de Mary vivant dans la campagne australienne et un noir et blanc fortement contrasté pour l'univers urbain de Max qui lui vit à New-York. Les seules véritables touches de couleurs seront souvent des objets échangés par correspondances entre les deux amis comme le pompon rouge offert par Mary à son ami Max comme une petite touche de folie et de bonheur dans son quotidien. L'univers graphique du film pourrait presque sembler sombre, laid et désespérant si il n'était totalement sublimè par la poésie et l'humour formidable de son récit. La pâte à modeler donne une formidable consistance physique et charnelle aux personnages qui semblent du coup vraiment exister à l'écran et Adam Elliot prend même un malin plaisir à les montrer dans toute leurs petites imperfections physiques. L'univers visuel du film est juste magnifique, rempli de petits détails et surtout il possède une vraie personnalité qui est incontestablement celle d'un artiste de la trempe de Miyazaki , Henry Selick ou Bill Plympton. Le plus formidable reste que ni l'aspect caricaturale des caractères et ni l'univers graphiquement radicale du film n'empêche de croire totalement à cette histoire et à ses personnages pourtant hors normes . Car comme par miracle Mary et Max sont des personnages qui finissent par devenir bien plus humains et touchants à l'écran que de nombreux acteurs réels dans des films traditionnels.

Le film se repose totalement sur ses deux personnages principaux et cette perception qu'ils ont à la fois d'eux même et du monde qui les entoure. Mary et Max sont deux antihéros magnifiques du quotidien, deux personnages paumés dans un monde qui ne ressemble pas à leur vision à la fois sombre et poétique des choses. Mary est une petite fille complexée par son physique entre ses yeux couleur gadouille et une tache de naissance couleur caca sur le front, elle vit entre une mère alcoolique et cleptomane et un père ouvrier dans une usine de thé dont la seule passion est de fourrer des oiseaux morts, empailler serait un mot plus adéquate. Mary possède un poulet de compagnie et adore regarder son dessin animé favori « Les Noblets » en se gavant de sucreries. De son coté Max Horowitz est juif, obèse, souffre de troubles comportementaux et vit à New-York. Si il a 44 ans il adore lui aussi regarder les Noblets sur deux téléviseurs en même temps, un pour le son et l'autre pour l'image. Max adore manger des hot-dog au chocolat et vit avec une étrange ménagerie composé d'une perruche, d'escargots aux noms de scientifiques, d'un chat borgne et d'un poisson rouge. Le père de Max l'a abandonné alors qu'il était encore un très jeune garçon et sa mère s'est suicidée peu de temps après.... On est donc très loin des personnages positifs, propres, lisses et joyeux à la Disney mais l'univers de Mary et Max aussi sombre qu'il puisse être ressemble aussi toujours à un inventaire poétique à la Prévert. On est proche de Jean Pierre Jeunet et Marc Caro avec l'univers de Delicatessen, proche de Tim Burton pour l'amour des personnages marginaux, proche aussi de l'univers de Sylvain Chomet. Et c'est l'une des plus grandes forces du film que de proposer un univers entre poésie, humour, noirceur absolue avec une mélancolie magnifique et une tendresse absolue pour ses personnages qui fait que le film reste toujours extrêmement touchant.

Le film est entièrement porté par trois axes narratifs, trois voix off qui sont celle du narrateur principale, de Mary lisant ses lettres et de Max qui en fait de même. Il est d'ailleurs amusant de noter qu'en dehors de ses trois voix le film est quasiment muet et que l'on ne verra que très très rarement les personnages parler directement de vive voix. Le récit se fait donc souvent par la simple lecture de cette correspondance épistolaire qui se perd très souvent en digression et en une multitude de post-scriptum comme pour marqué une difficulté à simplement pouvoir quitter l'autre. Parfois loufoque et surréaliste, la première lettre de Mary est envoyée presque au hasard pour savoir si aux USA les bébés naissent dans les canettes de Coca, la correspondance va peu à peu devenir comme une bouée de sauvetage magnifique pour ses deux personnages en manque de reconnaissance et de communication. Une formidable histoire d'amitié aussi improbable que poétique qui va alors se tisser lentement sous nos yeux jusqu'à devenir si forte que le final du film absolument magnifique et bouleversant laissera plus d'un spectateur la gorge nouée et les larmes aux yeux devant tant d'humanité.

Mary And Max est un véritable coup de cœur, un film magnifique d'une grande perfection technique et d'une humanité à fleur de peau. Un film drôle, émouvant, sensible, originale, poétique, mélancolique, une merveille qui propose des personnages de pâte à modeler tellement inoubliable qu'on souhaiterait devenir vraiment leurs amis pour échanger avec eux des lettres formidables jusqu'à la fin des temps.

Ma note 10/10

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