• martyrsEnfin Martyrs !!! J'imagine que comme beaucoup pour de gens la frustration de ne pas avoir pu voir le second film de Pascal Laugier en salles à cause de sa distribution aussi confidentielle que suicidaire devient avec son arrivée en DVD et Blu-ray un plaisir ultime, celui de pouvoir enfin découvrir le film et le regarder tranquillement chez soit ,un peu en retrait de toute la polémique suscitée par la radicalité du propos du metteur en scène. Fatalement rien ne remplacera jamais l'impact d une projection en salles mais Martyrs avec ses 70 pauvres copies lors de sa sortie en septembre 2008 ne pouvait pas vraiment prétendre trouver totalement son public d'autant plus que de nombreux exploitants trop frileux écartaient soigneusement le film de leur grille de programmation afin de laisser un peu plus d'espace à des produits plus lisses et bassement commerciaux.


     

    Enfin Martyrs donc !! L'attente fut longue mais finalement récompensée car le film de Laugier est bien la claque monstrueuse que j'espérais et un plaisir infini de cinéphage. On pourra sans doute trouver choquant l'utilisation de ce mot « plaisir » pour venir définir un film aussi intégre, sombre et violent que Martyrs mais je revendique haut et bien fort cette idée que le plaisir n'est pas fatalement lié à l'amusement et au divertissement. Et puis Martyrs est un film radical aussi bien dans sa forme que dans son propos, c'est un film radical dans la place qu'il vient prendre dans le paysage cinématographique actuel, c'est un film radical dans ce qu'il donne à voir et à penser aux spectateurs....... C'est donc un film qu'il ne convient pas de traiter de manière tiédasse mais avec la plus grande des passions, les œuvres les plus fragiles se devant d'être défendues avec la plus grande des forces j'associerais volontiers à la radicalité réjouissante du travail de Pascal Laugier celle plus modeste mais tout aussi enragé de mon opinion.

    Par simple curiosité après avoir vu le film j'ai survolé sur la toile les avis aussi tranchés que tranchant des internautes pour constater avec joie que le film divisait avec ferveurs les opinions sur une échelle allant du zéro vers l'infini. Un premier point positif donc révélant à quel point Martyrs n'est pas un film comme les autres, un film qui laisserait indifférent à force de vouloir plaire au plus grand monde possible. Ensuite j'ai oscillé au fil de ma lecture des différentes critiques entre l'amusement, l'étonnement et la franche colère car si je conçois volontiers que toute les opinions puissent exister force et de constater que les plus ineptes comme les plus imbéciles sont souvent celles qu'on nous assènent avec le plus d'aplomb. Je suis parfaitement conscient qu'on puisse totalement détester Martyrs et pour être franc je trouve cela rassurant que tellement de gens crachent avec autant de mépris et de véhémence sur le film ce sont autant de confirmations jusqu'à l'absurde que Martyrs est un film qui vient bousculer jusqu'au vertige le conformisme formatée de nos regards comme celui d'une production cinématographique de plus en plus désespérément uniformisée. J'ai lu de magnifiques perles de proses d'imbéciles vomissant le film sans en avoir compris la moindre seconde, des rapprochements référentiels ridicules y compris dans les critiques positives, des critiques outrées par tant de violence que par facilité on définit comme gratuite car c'est tellement plus facile que de réfléchir deux secondes aux raisons pour lesquelles elle ne l'est justement pas .Mais bizarrement je suis positivement content des cette profusion d'avis et d'opinions y compris ceux qui me mettent franchement la rage. Martyrs est déjà un très grand film pour cela, il invite au débat et à la réflexion,sa radicalité bouscule car elle est révélatrice d'un climat larvée de politiquement correct et d'endormissement des esprits, c'est un miroir qui nous renvoie à la gueule notre façon de regarder, voir ou consommer des films. Martyrs est un film bien plus riche que l'immense majorité des films horrifiques sorties ces dernières années, un film sur lequel il convient de revenir longuement pour explorer quelques facettes de ce diamant noir et magnifique.

     

     
     
    Comme je sais que le débat d'idées se doit d'être entourée de milles précautions pour ne pas choquer la susceptibilité des gens dont on froisse les douces certitudes comme les inébranlables opinions je vais me fendre du petit paragraphe d'usage avant d'entrer dans le vif du sujet. Cette critique est le reflet de mon avis personnel à moi tout seul ,mes propos n'engage que moi et ce n'est pas parce que je vais défendre becs et ongles mon regard sur Martyrs que je cherche à l'imposer à qui que ce soit comme une forme de vérité totale et absolu. Si cette critique vous hérisse les poils et vous énerve le débat reste ouvert, Ouf !!! Voilà en substance pour ou il faut passer pour simplement donner son avis et poser un regard critique, mais voilà ce qui est fait n'est plus à faire ........ Voici sur quelques chapitres pourquoi à mes yeux Martyrs est un film extraordinaire.

     
    Martyrs: Un retour vers l'essence du film d'horreur.

    On pourrait penser qu'il est bien loin le temps ou les films d'horreurs étaient méprisés par la critique comme par une grande majorité du public qui les regardaient de haut avec une forme de dédain. Aujourd'hui le système produit régulièrement des films d'horreurs qui le plus souvent rencontre des succès tant critiques que commerciaux le tout laissant franchement à penser que ce type de films est définitivement sortie du ghetto. Une grande et belle ouverture d'esprit qui cache sans doute une réalité bien plus basique celle d'un cinéma horrifique qui s'est conformé, formaté jusqu'à se glisser le plus souvent dans le moule d'un produit essentiellement commercial. Une immense majorité des films d'horreur de ses dernières années (dont certains restent objectivement très bons) ne font finalement qu'offrir aux spectateurs le stricte reflet de ce qu'il a envie et l'habitude de voir avec un soucis d'efficacité qui semble aller au delà de toute autre considération. Et c'est partiellement dans cette ordre d'idée que finalement le cinéma horrifique ne dérange plus personne aujourd'hui, il ne vient simplement plus titiller nos sens et nos méninges et ne flatte que nos yeux. On pourrait prendre comme symbole de cet état d'esprit la vague des récents remakes de classiques du cinéma d'horreur des années 70 et début 80 car dans l'immense majorité des cas les remakes proposent une version visant l'efficacité mais abandonnant systématiquement les aspects les plus perturbants et les plus enragés des films originaux. L'armée des morts de Zack Snyder laisse de coté le pamphlet sociale du film de Romero; le Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel remplace la folie maladive du dernier acte du film de Hooper par une course poursuite lorgnant vers le slasher, même Rob Zombie que j'adore pourtant vient un peu dénaturer la figure du mal absolu et anonyme que représente Michael Myers en lui donnant une enfance difficile.....Loin de moi l'idée de venir brosser un portrait trop sombre de la totalité de la production horrifique récente, il reste encre de nombreux très grands films et de très grand réalisateurs mais les œuvres les plus poétiques , flamboyante, radicales ou décalé de ses dernières années sont souvent celles qui sont distribuées dans la plus grande confidentialité quand elles ne restent pas cantoner au marchè du DVD. Il suffit de regarder le nombre de copies d'exploitations d'un navet comme Saw 3 lors de sa sortie (163) et de venir comparer avec un film comme Martyrs (68 copies).

     

     

    Et puis l'essence même du film d'horreur n'est pas de plaire à tout prix mais au contraire de proposer des expériences radicales, subversives, aussi engagées que totalement enragées en portant au sein même de son concept une idée de liberté comme de contre culture. Je pense sincèrement qu'aucun des plus grands films d'horreur de l'histoire n'a jamais été réalisé avec pour premier objectif de plaire et de ne surtout pas déranger les consciences comme la morale et incontestablement Martyrs de Laugier s'inscrit dans ce courant de films. Tout comme Freaks, The last house on the left , Chromosome 3 ou Texas Chainsaw massacre Martyrs est un film qui n'est que le reflet intègre du travail de son réalisateur. J'enrage lorsque je vois des critiques et des avis comparant Martyrs à des films tels que Saw ou Hostel alors que le film de Pascal Laugier est diamétralement à l'opposé de ce type de productions jusqu'à en être parfois l'exact antithèse. Hostel reste un poil plus finaud et porteur de sens que la série des Saw mais les deux franchises utilisent la violence graphiques et les effets gores pour venir satisfaire et abreuver la soif de spectateurs potentiels et elles s'inscrivent directement dans la veine des films d'exploitation alors que Martyrs n'a ouvertement aucune envie particulière de proposer aux spectateurs ce qu'il attend de voir. Le film de Pascal Laugier joue même constamment sur des ruptures de ton et des fausses pistes Je comprends qu'on ne juge un film qu'a la mesure de sa propre culture cinématographique mais lorsque l'on compare Martyrs à Saw sur le simple fait qu'il est question de torture, je pense sincèrement qu'il y a un gros paquet de séance de rattrapage à faire.

     

     

    Martyrs : Un grand film tout simplement.

    Si il existe encore un indice révélateur du relatif mépris qu'inspire encore le cinéma horrifique c'est bien son absence systématique des grandes cérémonie de congratulations type Césars ou Oscars. Si l'égo blessè du roi du box office Dany Boon l'a poussé à partir en croisade pour inscrire la comédie (encore faut il qu'elle soit bonne) au registre des prochaines cérémonies il faudrait peut être également que l'académie retire se œillères pour comprendre que des grand talents se cachent ailleurs que dans les films éternellement mis en avant par les votes. J'imagine que Pascal Laugier se fout complètement de la reconnaissance béate des professionnels de la profession mais l'absence de Martyrs sur quelques nominations parfaitement légitimes me semblent une injustice aussi flagrante que révélatrice du conformisme ambiant. Ne serait ce que dans la simple catégorie du meilleur espoir féminin Martyrs méritait incontestablement d'être cité à défaut d'être récompensé. Les deux jeunes comédiennes du film, Morjana Alaoui et Myléne Jampanoi sont tout simplement extraordinaires pour peu qu'on ne considère pas comme facile d'incarner jusqu'au vertige la douleur,la peur, la souffrance et et la folie. Comme le dit très justement Pascal Laugier dans l'entretien présent dans les bonus du Blu-ray ; le fait d'incarner des sentiments extrêmes n'est pas une performance en soit mais tenir la force de ses même sentiments pendant plus de dix heures de tournage sur plusieurs jours pour ne jamais lâcher un poil de crédibilité a l'écran c'est offrir une très très grosse performance d'actrice. Il n'y a pas dans Martyrs une seule seconde durant laquelle je ne crois plus en ses personnages que ce soit dans la folie,la détermination sauvage,l'infini tristesse de culpabilité de Lucie ou l'amour,la douceur et la douleur d'Anna les deux actrices sont tout simplement parfaites, Et pour les imbéciles (car il faut parfois appeler un chat un chat) qui pensent que les deux comédiennes ne font que hurler comme des hystériques en pleurant et reniflant je ne saurai trop leur conseiller de revoir le film et de regarder un peu plus attentivement ne serait ce que les nuances dans le regard de Morjana Alaoui  lors du dernier acte. Mais voilà c'est ainsi « Et le césar est attribué à Deborah François pour son extraordinaire performance d'adolescente rebelle mais trop quand même dans Le premier jour du reste de ta vie ». Bon en même temps depuis que l'académie des zarts et du cinématographe a lamentablement oublié que Patrick Deweare était le plus grand acteur de sa génération je n'accorde plus la moindre importance à cette pseudo-cérémonie.

     

     


    Martyrs
    est aussi un grand film du fait de sa formidable mise en images qui tente de conjuguer une forme d'urgence du cinéma du réel avec un univers dont certains aspects fantastiques en font par essence un film totalement ancré dans la fiction, une sorte de clash improbable entre Maurice Pialat et David Cronenberg. On trouve dans Martyrs une forme d'urgence et de fièvre absolu qui se débarrasse de nombreux artifices comme une photographie trop esthétisante et ultra travaillé graphiquement ou encore des effets de mise en scène propres à créer un léger et agréable décalage entre l'écran et le spectateur. Il est toujours confortable lorsque l'image d'un film vient nous percuter de pouvoir garde une distance à se répéter que ce n'est que du cinéma, lorsque cette distance diminue fatalement le recul vis à vis des événements est plus difficile à faire et Martyrs réussit parfois à réduire cette distance à peau de chagrin. Mais l'urgence n'est pas forcément synonyme de n'importe quoi et Martyrs reste un film extrêmement soigné dans sa construction comme dans le choix de ses cadres comme en témoigne le superbe plan de l'étreinte des deux héroïnes sous la pluie. Et puis il suffit de regarder le dernier acte du film pour voir comment Pascal Laugier applique dans sa réalisation et son montage la même mécanique froide et rigoureuse que celle du supplice d'Anna pour comprendre que Martyrs est un petit chef d'œuvre de mise en scène. Il faut également citer les formidables maquillages et effets spéciaux du regretté Benoît Lestang qui réalise sur Martyrs l'un de ses plus beau travail tout en renouant avec une forme très artisanale d'effets spéciaux. Les maquillages des deux figures les plus fantomatiques de femmes martyrisées est absolument magnifique tant ils conjuguent sur un même corps à la fois la douleur , la compassion et le rejet; trois notions qui s'entremêlent dans le sens ou le spectateur est à la fois terrifié par l'aspect surnaturel du corps et finalement ému par la souffrance infini qu'ils représentent. Il ne faut pas oublier la formidable musique de Willie et Alex Cortes avec des nappes mélancoliques de guitare acoustique à filer la chair de poule et des morceaux plus agressifs dignement hérités des Goblin. Et puisque le film n'est pas loin d'une forme de perfection il faut saluer l'extraordinaire mécanique d'un scénario divisé en plusieurs actes qui ne cessent de se télescoper se contredire pour finalement s'imbriquer les un dans les autres avec une cohérence imparable. Les ruptures de ton constantes peuvent donner au film un aspect relativement décousu mais au final chaque chapitres donnent au précédent un éclairage qui finit par mettre en lumière la globalité du film

     

     

    Martyrs: Censure et violence.

    Toujours comme un miroir sur notre époque Martyrs a bien faillit écoper d'une interdiction pour le moins radicale aux moins de 18 ans, ce qui aurait totalement condamné la carrière commerciale du film. Car oui, le film de Pascal Laugier aurait put être encore plus mal distribué qu'il ne le fut lors de sa sortie en Septembre 2008. Il est absolument évident et incontestable que Martyrs est un film pour un public adulte et averti et que la radicalité de sa violence en fait un film à ne pas mettre devant tout les yeux, on peut en revanche franchement s'interroger sur cette première interdiction en se demandant pourquoi cette violence là était d'un coup beaucoup plus nocive et dangereuse que celle d'un film comme Hostel par exemple qui va beaucoup plus loin dans le sadisme et la violence purement graphique. Il est également difficile de prétendre que Martyrs soit monstrueusement plus gore que beaucoup des productions récentes, alors pourquoi cette interdiction ?? Je pense que la frilosité du comité de censure venait surtout de la sécheresse de cette violence et de l'absence totale de contre point morale et philosophique clairement énoncé venant adoucir et polir les plus rugueuses aspérités du film. La violence totalement cinématographique ça passe, la violence quand on explique que ce n'est pas bien ça passe, la violence quand ce sont les gentils qui gagnent ça passe, la violence avec un fond de morale ça passe mais une violence totalement laissé à la libre interprétation des spectateurs ça ne passe visiblement plus du tout. Martyrs est également un film qui vient chambouler nos habitudes de consommateur d'images violentes en refusant assez systématiquement de mettre de la distance entre le film et le spectateur. Finalement le film sortira en salles avec une interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement mais cette mini polémique aura sans doute passablement desservi le film. De nombreuses personnes vont bien vite déduire de cet épisode que Pascal Laugier cherchait délibérément avec Martyrs la provocation et la surenchère de violence et que finalement cette menace de censure va servir d'argument publicitaire au film. De nombreux autres spectateurs prendront eux cette interdiction comme l'assurance d'assister à un film terriblement gore dépassant en hectolitres de sang versé des films comme Saw, Hostel ou Frontières et ils finiront fatalement déboussolé devant un film ne jouant absolument pas sur le même registre.

     

     

    L'une des critiques qui revient le plus souvent concernant la violence de Martyrs c'est sa prétendue complaisance et bien entendue sa pseudo-gratuité, Il faudrait vraiment que l'on m'explique le concept de violence gratuite et surtout en quoi cette notion s'applique à Martyrs. Pour ne pas être gratuite la violence doit elle être cool comme chez Tarantino, chorégraphiée comme chez John Woo, décalée et burlesque comme dans les premiers films de Peter Jackson, totalement fun comme dans un Destination finale, théorisée comme chez Haneke, extrême comme dans un Saw (de sang) ? La seule définition de violence gratuite dans un film qui me semble acceptable serait une violence ne servant pas l'histoire mais uniquement présente pour satisfaire des pulsions de voyeurisme ce qui n'est absolument pas le cas dans le film de Pascal Laugier. La violence de Martyrs est intimement liée au récit et à la représentation symbolique des pulsions et des tourments de l'âme des deux héroïnes. Le carnage au fusil n'est que la représentation de la douleur et de la rage de la vie brisée de Lucie qui soudain explose après des années de contenance. Les attaques de la créature qui terrorise et mutile Lucie n'est que le reflet d'une culpabilité viscérale qui ronge la jeune femme de l'intérieur. La scène durant laquelle Lucie défonce a grands coups de marteau le crâne de la mère de famille prends racine dans la colère de la trahison que ressent Lucie vis à vis d'Anna et dans la rupture de cette confiance unique et quasiment amoureuse qu'avait jusqu'à cet instant les deux jeunes femmes. La scène magnifique durant laquelle Anna tente de penser les plaies et de soulager les douleurs de cette femme retrouvée dans les sous sol n'est qu'un transfert d'affection vers Lucie, comme un pardon de ne pas l'avoir cru. Quand au dernier acte il faut être lucide à un moment donné la violence explicite d'un récit doit ressurgir à la gueule du spectateur et la volonté évidente de Laugier est de placer le spectateur du film dans un état mental et psychologique dans lequel il reçoit la douleur physique du calvaire d'Anna. Comment peut on qualifier cette intelligence comme de la gratuité et balayer d'un revers de la main le travail d'un cinéaste en affirmant que c'est de la provocation ? Pascal Laugier aurait pu aller beaucoup plus loin si son intention avait été simplement de dépasser les limites et de montrer complaisamment des actes de violences atroces, les tortures endurées par Anna auraient vraisemblablement put être beaucoup plus graphiquement gore que ce passage à tabac, l'acte final et chirurgical que les tortionnaires imposent à la jeune fille aurait put être montré crument face caméra, mais à l'évidence ce n'est absolument pas ce qui intéresse Laugier. Si la violence de Martyrs est gratuite alors celle de 95% des films est totalement irresponsable.

     

     

    Martyrs : Analyse (très personnelle) de la scène du petit déjeuner.

    Je crois que cette scène est de loin la plus détesté et la plus ouvertement raillé dans les différentes critiques que j'ai pu lire sur le net. Ça tombe bien c'est une scène que j'adore même si j'en ai une interprétation pour le moins personnelle. Déjà la scène commence par le seul et unique moment du film ou Pascal Laugier joue sur le second degrés et le décalage presque humoristique en montrant une jeune fille hurlant et poursuivie par un homme comme dans un mauvais slasher, finalement ce ne sont qu'un frère et sa soeur se chamaillant autour d'une lettre d'amour. Dès cette introduction le réalisateur dénonce un jeu d'apparence et surtout il replace son film en contradiction avec une horreur d'apparence finalement inoffensive et familiale. Ensuite arrive ce petit déjeuner qui semble directement sortir d'un sitcom avec une famille heureuse et unie comme il faut qui se chamaille gentiment autour d'un bol de chocolat chaud. A cet instant effectivement la scène sonne totalement faux, le jeu des comédiens semblent un poil forcé et on se fout totalement des petits soucis que la famille évoque à table le sourire aux lèvres. Toute la valeur de cette scène ne va finalement se dévoiler que beaucoup plus tard dans le film quand le spectateurs comprendra la véritable nature des parents et particulièrement en regardant les actes de ceux qui vont venir les remplacer. Fatalement cette scène est le reflet de l'apparence respectable et policée que se donne le couple, on pourrait même dire que  c'est l'image que se force à avoir cette famille et pour l'apprécier il convient vraiment de la remettre en perspective avec ce qui se passe dans les sous sols de la maison. Et puis moi j'avoue que j'adore l'idée que cette scène soit une représentation caricaturale et symbolique d'une forme de cinéma français basé sur des valeurs familiales, sur le dialogue, sur les petits soucis de couples mettant sur un même plan les problèmes éducatifs du fiston et les soucis de plomberie... Ce n'est sans doute pas dans les intentions de Pascal Laugier (Encore que ?) mais pour moi cette scène représente le conformisme et le politiquement correct d'un cinéma français tellement dégoulinant de douces attentions qu'il tire jusqu'à l'écœurement de plus en plus vers le sitcom. Et putain lorsque Mylène Jampanoi débarque avec son fusil de chasse pour exploser et faire voler en éclats de bidoches le carcan ultra codifié de ce cinéma insupportable de bobos j'ai vraiment l'impression d'y voir une forme symbolique qui renvoie directement à Martyrs déboulant avec toute sa rage dans le paysage cinématographique français.

     

     

     

    Martyrs : Leur morale et la notre. (Attention Spoilers inside)

    Si il est bien un point sur lequel Martyrs divisent les opinions c'est sur sa morale ou son absence de morale et sur sa fin ouverte à de nombreuses interprétations souvent aussi opposées que douteuses. Pascal Laugier a simplement refusé de livrer une morale toute faites et prête à servir sur un plateau ce qui est parfaitement logique pour un film qui ne cesse de vouloir réveiller et titiller le cortex des spectateurs, ce n'est sans doute pas un hasard si le film se termine sur un laconique et définitif « Doutez ». La volonté de venir cracher sa bile sur Martyrs poussent certains à y voir un film fascisant et misogyne se délectant du spectacle de jeunes filles battues et torturées, d'autres y ont vus une apologie de la torture dans la mesure ou celle ci finit par donner des réponses comme quoi on peu franchement y voir exactement ce qu'on a envie d'y projeter. Je n'ai pas la prétention que ma vision et mon interprétation du film soit la bonne et d'ailleurs est ce qu'il en existe il une seule et unique ?? Sur cette prétendument apologie de la torture finissant par apporter une réponse il faut juste prendre comme un acquis définitif que les mots que glisse Anna à l'oreille de Mademoiselle sont bel et bien une révélation , ce qui est loin d'être aussi certain que cela pour moi, On peut imaginer qu'Anna suffisamment consciente pour parler mais plus assez pour lutter physiquement glisse à l'oreille de l'instigatrice de son supplice une fausse information, ou encore que ce qu'elle décrit n'est finalement que le reflet d'hallucination et de délires dus à la souffrance extrême de ce qu'elle vient d'endurer. Quand bien même Anna aurait approchée véritablement un état de béatitude cela est il suffisant pour en conclure à la justification des sévices qu'elle vient de subir, si vous pensez vraiment que oui j'ai franchement plus peur pour votre état mental que pour celui de Pascal Laugier. Et puis comment interpréter le suicide de Mademoiselle à la fin du film et son refus de venir partager les résultats de ses longues années d'expériences sadiques ? Le monde au delà de la mort vu par Anna est il si parfait que Mademoiselle s'empresse de le rejoindre , si c'est le cas pourquoi se suicider avec cette forme de tristesse et de gravité sans venir partager ce qui serait alors une nouvelle plutôt positive ? Si l'autre monde est encore pire que la vie alors pourquoi se suicider si vite? En suppliant aux autres de doutez le personnages de Mademoiselle ne vient il pas tout simplement remettre dans les esprits que la peur métaphysique de la mort est un moteur inconscient à la vie voir à la survie de l'homme ? J'adore les films comme Martyrs qui posent mille fois plus de questions qu'il ne donne de réponses.

     

    Et puis sans tomber dans le cliché du bourgeois exploitant les faibles on peut aussi voir dans Martyrs une allégorie sur les puissants se nourrissant des douleurs extrêmes et des souffrances des autres pour tenter de trouver dans un confort théorique des réponses à leurs propres angoisses existentielles. Et si Martyrs n'était finalement que le regard enragé d'un cinéaste et artiste sur une société ne connaissant plus que la violence comme réponse à sa triste condition ? Un violence froide ,mécanique qui finit comme lors de l'acte finale par devenir quotidienne et systématique jusqu'à s'installer dans l'inconscient comme une triste routine et je précise que par l'hyper violence des actes qu'il montre Pascal Laugier nous interroge automatiquement sur notre passivité et notre regard de plus en froid sur une violence qui elle est réel et quotidienne « Tiens le type a poignarder sa fille, égorger deux autres gamines puis il s'est foutu le feu, passe moi le restant de salade chéri !! ». Martyrs montre aussi que cette violence présenté comme un moyen et une solution à toute choses n'apporte finalement que des réponses illusoires et des questionnements plus grands encore « Doutez ». Pour peu que l'on remette tout le début du film en perspective avec cette acte finale on pourrait même dire que cette forme de violence institutionnalisée et justifiée par des élites sous couvert de questionnement philosophique, scientifique, politique, sociaux et religieux finit par générer des monstres de frustrations, de tristesse, de souffrance, de colère et de culpabilité qui à l'image de Lucie finissent par perdre foie en l'humanité ne connaissant plus que la violence comme rédemption. Et si Martyrs était un regard froid et acérée comme une lame de rasoir sur notre société qui subit tranquillement au quotidien une spirale de violence physique et morale constante mais qui s'offusque avec une forme de bonne conscience hypocrite dès l'instant qu'une œuvre artistique utilise cette même violence pour servir son propos. On me dira sans doute qu'on ne doit pas dénoncer la violence en utilisant la violence, encore faut il avoir suffisamment de discernement pour comprendre qu'une violence de cinéma aussi radicale soit elle ne sera jamais qu'une violence de cinéma. Personne n'est venu dire à Steven Spielberg que les débordements gore du début de Il faut sauver le soldat Ryan étaient gratuits, pour peu que le film soit d'emblée respectable tout le monde comprends facilement que l'horreur de l'image sert à dénoncer une forme d'horreur des faits et pour Martyrs c'est juste le même procédé poussé à l'extrême encore faut il accepter qu'on nous plonge le nez dans la fange de notre quotidien. Martyrs n'est pas un film d'horreur c'est un film sur l'horreur, les suppliciés de notre société sont oubliés et cachés dans les caves pendant que nous prenons nos petits déjeuner comme si de rien n'était et si Pascal Laugier les invitent à notre table c'est juste pour dire que toute cette violence larvée et rampante pourrait bien vite nous exploser en pleine gueule sans aucun discernement entre coupables et témoins muets.

     

    Martyrs: Le devoir d'intégrité de l'artiste.

    Martyrs de Pascal Laugier est un film hautement respectable ne serait ce que dans la mesure ou son réalisateur a clairement refusé le moindre compromis commercial visant à faire de son film un « produit » plus fiable économiquement. J'ai vraiment la sensation que de plus en plus de films cherchent si désespérément à plaire qu'ils en oublient d'être sincère allant jusqu'à dénaturer l'aspect artistique du cinéma. Lorsque l'on fabrique un film avec une envie systématique de plaire on est plus dans un travail de publicitaire recherchant son cœur de cible que dans celui d'un cinéaste livrant un œuvre conforme à sa propre sensibilité. Alors évidement bien peu de réalisateurs viendront vous dire que leur film est un produit et il est même fortement probable que peu de cinéastes ont vraiment conscience d'en faire. Mais comment une telle somme de réalisateurs et de sensibilités différentes peuvent accoucher de films qui finalement se ressemblent tous plus ou moins si ce n'est le fruit d'une forme de conformisme ambiant. Je ne remets aucunement en causes la sincérité de réalisateur qui souhaitent ,et c'est tout à fait leur droit, divertir et amuser les gens; je ne fais absolument pas le procès du divertissement ce qui serait ridicule. Ce qui me pose problème en revanche c'est que le cinéma vienne lentement mais surement s'engluer dans cette gélatineuse masse de conformisme quelque soit le genre de film proposé, du coup il plane ce sentiment bizarre que les films sont larvés de préoccupations mercantiles comme séduire, ne pas choquer, ne pas déstabiliser et surtout éviter la moindre petite rugosité. Encore une fois je n'ai absolument rien contre le cinéma de pur divertissement et le récent carton monumental de Bienvenu chez les ch'tis montre à quel point l'immense majorité des spectateurs ne recherchent dans le cinéma qu'un moyen de se détendre et, il donc totalement légitime qu'il existe des films qui soient faits pour cela. Mais lorsque cela devient une sorte de norme certifiée et que le cinéma n'existe plus qu'à travers ce prisme il entre alors dans une spirale d'appauvrissement de son contenu comme de sa forme en se contentant d'offrir des œuvres formatées aux regards du public.

     

      

     

    Pour en revenir à Martyrs de Pascal Laugier c'est un film qui pose la question de la place d'une forme de contre culture dans la production cinématographique actuelle. Il faut être totalement franc un film comme Martyrs il n'en sort un qu'une fois par an et encore je suis extrêmement large et généreux (Irreversible date dèjà de 2002), et pourtant c'est sur ce film  précisément que viennent se déchainer les critiques les plus radicales et vomitives allant jusqu'à l'insulte comme lorsqu'un soit disant critique traite ouvertement Pascal Laugier de nazillon et de misogyne. Le fait de se bouffer chaque mois qui passe des films formatés qui se ressemblent tous dans leurs intentions ne semble plus vraiment déranger qui que ce soit ,mais quand d'un seul coup un cinéaste ose bousculer nos habitudes et notre regard en proposant simplement un film différent et on lui tombe dessus avec la plus imbécile des violence. On devient tellement conditionné à avaler toujours la même soupe que d'un seul coup l'ambition de cinéaste comme Caro, Laugier ou Noe devient de la prétention, que la radicalité de leur point de vu d'artiste et de cinéaste devient de la provocation et que le sérieux et l'intégrité avec laquelle il traite leur sujet devient de l'irresponsabilité (Bah oui c'est tellement mieux quand on peut se marrer un peu, on est pas là pour réfléchir non plus !!) Voilà la place de la contre culture en France, elle est totalement marginalisée sans doute pour ne pas qu'elle puisse trop ouvrir sa gueule et bousculer une mécanique bien huilée de films qui se fabriquent aussi vite qu'ils s'oublient, Il suffit de regarder le parcours de Martyrs pour comprendre à quel point c'est presque un miracle que le film existe ( L'occasion de féliciter le courage de Richard Grandpierre): problèmes avec la censure, aucune promo télévisé, critiques assassines jusqu'au ridicule, sorties confidentielles et un déferlement d'opinion négatives (ça ce n'est pas grave en soit) mais qui vont parfois si loin qu'elles ont de douces effluves d'intolérance pur et simple. Il faut tordre le cou à cette idée que le cinéma n'est digne d'intérêt que lorsqu'il est positif et agréable à regarder , si tout les arts appliquait cette même idée jamais la peinture n'aurait fait sa révolution cubiste. Le cinéma se doit d'être divertissement pour ceux qui ont envie de cela mais qu'on lui laisse aussi l'opportunité d'être radicale, enragé, dérangeant, dépressif, expérimentale, perturbant c'est juste une condition indispensable à sa survie.

     

    Martyrs est donc un film magnifique comme il n'en existe que trop peu. Il faut vraiment saluer le talent et le courage de Pascal Laugier pour avoir fait ce film à cette époque. Il y a peu de chance que Martyrs fasse vaciller les fondations profondes du conformisme ambiant mais le film a déjà donner un furieux et salutaire coup de boule dans le mur. Pour moi c'est définitivement un chef d'oeuvre.


    Note : O9/10


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