• Spring Breakers de Harmory Korine

    __________________________________________________________

    Spring breakers

    de Harmory Korine

    USA – 2013 – Drame

    Spring Breakers de Harmory Korine

    ____________________________________________________________________

     

    Scénariste pour Larry Clarks (KidsKen park) et réalisateur indépendant de films chocs tels que Gummo et Julien Dunkey boy, le réalisateur américain Harmory Korine signe avec Spring breakers son plus gros film en terme de budget et de casting. Le réalisateur retrouve toutefois une thématique et un univers qui semble lui coller vraiment à la peau, celui d'une jeunesse américaine un poil perdue dans ses repères et ses aspirations. Tant pis pour celles et ceux qui espéraient un nouveau film délirant dans l'esprit de Project X à cause d'une bande annonce trompeuse, car Spring breakers est bien plus qu'un énième teen movie, c'est un kaléidoscope halluciné du rêve américain perverti par des années de pop culture faisandée.

    Spring breakers c'est donc l'histoire de quatre jeunes filles fauchées qui rêvent plus que tout au monde de faire leur Spring Break . Pour se faire elles n'hésitent pas à braquer un petit fast food local avant de s'envoler pour une fête qu'elles espèrent voir durer une éternité. Sur place, après avoir été arrêtées par la police elles vont devenir les protégées d'un petit malfrat local semblant pouvoir leur offrir la vie dont elles rêvent secrètement....

    Spring Breakers de Harmory Korine

    Avec Spring breakers, Harmory Korine signe un film limite expérimental, à la forme tout aussi fascinante que perturbante. Comme un long clip, un collage de scènes et de sensations dans lequel reviennent en boucle lancinante des images et des dialogues, Spring breakers épouse de nombreux codes visuels de notre époque pour mieux venir les pervertir de l'intérieur. A la fois brut et stylisé à l'extrême, vulgaire et profondément artistique, explosé et foutrement cohérent, magnifique et laid, poétique et plus terre à terre le film de Harmory Korine offre aux spectateurs une véritable expérience cinématographique en adéquation parfaite avec le propos profond du film. Au détour de certaines scènes Spring breakers ressemble donc tour à tour à une publicité, un clip de rap vulgaire et bling-bling, une vidéo youtube sur laquelle on filme avec suffisance sa propre connerie, une émission de trash TV à la MTV, une télé réalité pour ados, un clip techno voir un film pornographique. Harmory Korine renvoie surtout à la figure des spectateurs toute l'imagerie commerciale d'un paradis artificielle de consommation illimité sur-vendue comme un idéal cool par les médias. Culte de l'argent facile, de l'image, du corps, de la fête, de l’insouciance, de la possession, du sexe et du pouvoir; Spring breakers est une sorte de miroir brisée de la pop culture adolescente dont les reflets cassés forment une triste boule à facette de notre époque. De par sa forme et par son fond Spring breakers est un pur objet de fascination servi par la photographie magnifique de l'immense Benoît Debbie ( Enter the voidVinyanCalvaireInnocence) et une bande originale obsédante signé Cliff Martinez (Drive)

    Spring Breakers de Harmory Korine

    Comme dans une sorte de conte de fée moderne et absurde les quatre filles du film tentent de fuir la réalité monotone d'une vie toute tracée en se berçant de l'illusion qu'elles pourront vivre pour toujours dans un paradis pour le moins artificielle. Incapable d'être vraiment et de savoir qui elles sont, Candy, Faith, Cotty et Britt se contente alors pour se sentir exister de singer l'imagerie populaire sortant des clips de Britney spears, des jeux vidéos à la GTA, de la réussite sociale à la Scaface et d'un flot discontinu d'images faisant de la vulgarité la plus crasse un modèle de réussite et de fun. Malin et cynique à la fois, Harmory Korine filme tout ceci avec suffisamment de distance mais aussi de cœur pour ne jamais totalement perdre les spectateurs. Entre fascination et rejet difficile pour le spectateur de ne pas se laisser lui aussi aspirer par cette spirale d'images et de sensations qui font doucement tourner les rêves de ses jeunes filles en cauchemar. Car la force du film est aussi de rendre ses quatre filles attachantes dans leurs errances et leur statut de quasi-victime d'un pseudo-rêve américain. Les départs de Faith dans un sursaut de conscience et de Cotty rattrapé durement par la réalité permettrons d'ailleurs aux spectateurs d'avoir différentes appréciations des événements tout en gardant un regard bienveillant sur la descente aux enfers des deux autres. Le plus touchant reste sans doute les longs dialogues téléphoniques de ses jeunes filles avec leurs mères respectives ou grand mères que Harmory Korine s'amuse à juxtaposer avec des images chocs montrant la différence entre la réalité et l'appréciation que ses jeunes filles peuvent s'en faire. Il faut donc saluer la jolie performance des quatre comédiennes du film (Vanessa Hudgens – Selena Gomez – Rachel Korine – Ashley Benson) qui parviennent à donner à plus ou moins grande échelle un peu d'humanité à des personnages qui tendent pourtant à n'être que des images iconiques. L'occasion aussi de saluer la performance de James Franco, surprenant, limite méconnaissable et parfait en petit malfrat faussement baddas.

    Spring Breakers de Harmory Korine

    Spring breakers est donc une petit merveille rempli jusqu'à la gueule de très grands moments de cinéma comme lorsque James Franco reprend au piano un morceau de Britney Spears alors que les jeunes filles avec des cagoules roses font une ronde étrange en tenant des fusil automatiques. Le film de Harmory Korine est sans doute trop riche de sens, trop bouillonnant d'idées magnifiques, trop brillant dans sa mise en scène pour être si sommairement et modestement analysé en quelques lignes. Spring breakers ne devrait pas se raconter , c'est en revanche une expérience qu'il faut absolument vivre...

    Ma note 08,5/1

     

     

    « La vie d'Adèle de Abdellatif KECHICHEBonne année 2014 »

  • Commentaires

    1
    Lundi 10 Novembre 2014 à 14:30

    Bon ben moi j'ai juste trouve ca chiant comme film...

    C'est la premiere fois depuis tres longtemps que j'arrete un film avant d'avoir fini, mais la j'ai juste pas pu. Au bout de 40 minutes j'avais vraiment l'impression de perdre mon temps, j'en avais marre de revoir sans arret les memes images, d'entendre en boucle les memes dialogues, de suivre des personnages creux et sans interet.

    Je suis impressionne par tout ce que tu as vu dans le film, moi je n'y ai vu qu'un exercice de style creux et vain. Je dois etre trop vieux pour ces conneries...

    2
    FreddyK
    Lundi 10 Novembre 2014 à 14:54

    Je suis plus vieux que toi pourtant he.

    C'est un film sur lequel j'ai eu de très nombreux débats avec de nombreux amis, mais je n'en démordrais pas; avec Spring breakers Korine a mis un sacré coup de pompe dans la tronche refaite de dix ans de sous pop culture et d'aspirations débiles d'une jeunesse perdue dans de fausses illusions mercantiles et faisandées.

    N'ayant pas de télévision (il me semble) tu dois avoir échapper à une bonne partie de la connerie putassière que le petit écran nous vend comme de la culture djeuns et populaire et que Korine défonce et dénonce avec beaucoup d'élégance à travers le récit de ses quatre filles.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :