Cinéma - DVD - Critiques
Au sommaire cette semaine :



Jericho Mansions (2002) de Alberto Sciamma 06/10

Dans les bacs à soldes à un euro dans lesquels j'adore fouiller et m'approvisionner de tonnes de mauvais films on trouve parfois des petites merveilles comme ce Jericho mansions de Alberto Sciamma le réalisateur du déjà très sympathique et bien déjanté La lengua asesina avec Robert Englund. Cette fois ci pas de langue géante et de caniches fluorescents mais un sujet bien plus plus ancré dans la réalité. Jericho mansions raconte l'histoire d'un concierge d'immeuble souffrant d' agoraphobie et d'amnésie et qui depuis plus de trente ans vit dans l'immense bâtiment dont il a la garde sans jamais en sortir. Pourtant le fragile équilibre mental de cet homme commence à vaciller lorsque les habitants de l'immeuble deviennent de plus en plus étrange et que la propriétaire des lieux l'accuse avec violence de vols réguliers. Ce n'est pas la découverte d'un cadavre dans le vide ordure qui va remettre ce brave Leonard sur les chemins de la raison... Jericho mansions est un mélange plutôt réussi de comédie noire, de drame, de thriller et de fantastique se déroulant dans un univers totalement clos. On prend donc beaucoup de plaisir à suivre les pérégrinations de cet homme qui semble sombrer peu à peu dans la folie à mesure qu'il devient au contraire de plus en plus conscient de ce qui l'entoure. Et même si le film souffre parfois de légère baisse de rythme on reste pris au jeu de cette enquête policière jusqu'à son dénouement plutôt original et bien ammené. C'est l'immense James Caan qui incarne Leonard et l'on retrouve avec à ses cotés Geneviève Bujold et la délicieuse Jennifer Tilly même si c'est objectivement dans un rôle très habituelle de femme fatale. Même si certaines scènes trahissent des effets spéciaux numériques et des images de synthèse un peu vieillotte Alberto Sciamma promène avec fluidité sa caméra à travers les murs et les orifices des appartements pour passer de l'un à l'autre comme le ferait une petite souris et nous mettre en tant que spectateur dans une position de témoin et voyeur des évènements. Graphiquement très soigné, doté d'un solide scénario, servi par de très bon comédiens, à la fois amusant et intelligent Jericho mansions est un très bon petit thriller à (re)découvrir.
Left bank – Linkeroever ( 2007) de Pieter Van Hess 06,5/10

La Belgique continue de nous livrer régulièrement des films originaux et des cinéastes à suivre comme le prouve encore le très bon DTV Left Bank de Pieter Van Hess. Le film raconte l'histoire de Marie, une jeune fille sportive s'entrainant sans relâche mais qui à la suite d'une infection et d'une grande fatigue physique doit cesser toute activité et renoncer à toute compétitions. La jeune fille introvertie profite de ce break forcé pour flirter avec son nouveau petit ami et finir par s'installer quelques jour chez lui. Marie commence alors à ressentir un malaise oppressant vis à vis de ce quartier, de ce petit immeuble bourgeois et de cet appartement dont la précédente locataire a mystérieusement disparue. Left bank est un film dont le rythme particulièrement lent pourra rebuter plus d'un spectateur, il faut dire que Pieter Van Hess laisse le temps à son univers de s'installer et de doucement devenir de plus en plus étrange et inquiétant. Si le film fait effectivement penser aux premiers films de Roman Polanski (Le locataire , Rosemary's baby, Repulsion), on pense également aux films de Marina De Van dans lesquels le fantastique s'inscrit dans le quotidien. Si Left bank est long et lent il n'est pas chiant pour autant et parvient à capter avec une certaine fascination l'attention du spectateur jusqu'à un final que malheureusement je trouve un poil décevant par rapport à tout l'univers mis en place auparavant. Left bank permet également de révéler Eline Kuppens, une formidable jeune actrice confondante de naturel et qui porte une bonne partie de la crédibilité et de la puissance du film sur ses épaules. Left bank est un film étrange avec une ambiance très singulière qui doucement mais inéluctablement commence à vous coller à la peau de manière anxiogène. Un peu comme le House of the devil de Ti West, le film de Pieter Van Hess choisit d'installer une horreur diffuse mais tenace plutôt que de jouer de l'effet de choc et marque ainsi les esprits au delà du temps que dure le film. En tout cas après cinq ans de torture porn aux montages hystériques et de survival bien teigneux, ce n'est pas désagréable de se poser devant un très bon film d'atmosphère.
Un monde à nous (2008) de Frederic Balekdjian 06/10

Un monde à nous est un petit film passé totalement inaperçu mais qui mérite amplement d'être (re)découvert. Produit par Alain Chabat et interprété par Edouard Baer le film n'a pourtant rien d'une comédie comme on pourrait le croire et flirte plutôt du coté du thriller psychologique et du drame intimiste. Un monde à nous raconte l'histoire de Noe, un gamin d'une dizaine d'années qui vit avec son père dans l'angoisse permanente d'être retrouver par les tueurs déjà responsables de la mort de sa mère. Alors Noe ne cesse de déménager et subit quotidiennement un entrainement physique et psychologique intense de la part de son père afin de lui permettre d'échapper à ses futures agresseurs. L'enfant doit pouvoir vivre dans le secret tout en se faisant accepter comme un enfant ordinaire dans son nouveau collège; pas facile pour un gamin de devoir vivre sans la moindre attache surtout lorsque l'on se lie d'amitié et d'amour avec une petite fille de sa classe. Un monde à nous est un film dont le premier mérite et de tenir le spectateur en haleine de la première à la dernière minute grâce à une histoire forte, trouble, originale et riche en sous texte et implications psychologiques. Le film décrit par le prisme du thriller les relations intenses et conflictuelles entre un père sur-protecteur et son fils en plein désir contrarié de liberté et d'émancipation et dresse un portrait à la fois glaçant et émouvant de l'amour filiale. Le film de Frederic Balekdjian parvient parfaitement à montrer la violence de la pression paranoïaque que subit le gamin à travers d'éprouvante séquence d'endoctrinement idéologique. C'est Edouard Baer dans un rôle totalement à contre emploi qui incarne avec justesse ce père tout aussi froidement déterminé que maladroit à protéger son fils quitte à totalement lui voler sa part d'innocence et d'enfance. Les enfants du film sont tout aussi juste avec tout d'abord le propre fils du réalisateur Anton Balekdjian dans le rôle de Noe et Nassereba Keita absolument formidable dans le rôle de sa petite copine black débrouillarde et pipelette. Un monde à nous réussit l'exploit de maintenir son univers trouble à bout de bras durant l'intégralité du métrage en introduisant à bon escient de nombreuses fausses pistes qui rendent les agissements de ce père de plus en plus troubles et ambigus. Un monde à nous ne révélera que lors de sa dernière séquence combien il est un film touchant et dérangeant sur la puissance des relations amoureuses entre un père et son fils. Pour peu que l'on passe sur son esthétique plus proche du téléfilm que du cinéma à grand spectacle le film de Frederic Balekdjian mérite définitivement d'être (re)découvert.
Max la menace: Bruce et Lloyd se déchainent – Get smart's Bruce and Lloyd out of control (2009) de Gil Junger 01/10

Cette fausse suite du Max la menace sorti en 2008, qui était lui même une adaptation de la mythique série créée par Mel Brooks dans les années 60, est en fait un spin off tout aussi inutile que laborieux. Le film de Gil Junger met en scène et en vedette les deux concepteurs de gadgets du film de Peter Segal pour une aventure tournant autour d'une couverture rendant invisible celui qui se trouve en dessous. Les deux gentils geeks concepteurs de gadgets foireux vont devoir sortir de leur laboratoire afin de récupérer leur invention dérobé par un dictateur sud américain. Clairement le film de Gil Junger vise un très jeune public avec un humour que par politesse je qualifierais de régressif et bon enfant mais malheureusement absolument consternant. Les personnages n'ont strictement rien à défendre qui pourrait les rendre sympathique, le scénario est d'une simplicité enfantine, les dialogues lamentables et le film réussit même à sembler long alors qu'il ne dure que 68 petites minutes. Ce ne sont pas les acteurs qui sauvent les meubles avec Nate Torrence qui se révèle être un bien piètre clone de Jonah Hill et le sympathique Masi Oka (Heroes) est ici totalement inexpressif; seule la courte apparition de Anne Hattaway pour faire une transition entre les deux films est à compter parmi les rares bons moments du film. Le générique de fin nous gratifie du traditionnel bêtiser final pour montre combien « on s'est vraiment marré sur le tournage », dommage que pour le spectateur en revanche ce soit aussi sinistre à regarder.
Voilà une semaine se termine, une autre va recommencer. To be continued ....