Cinéma - DVD - Critiques
Au sommaire cette semaine :



Jonah Hex (2010) de Jimmy Hayward 03/10

Pour être tout à fait franc cette énième adaptation de comics ne m'attirait que par la qualité assez exceptionnelle de son casting avec Josh Brolin, John Malkovich, Aïdan Quin, Michael Fassbender et dans une moindre mesure Megan Fox, ainsi que par son univers western. Il était bien plus difficile d'être enthousiaste devant le choix du réalisateur et surtout celui des scénariste avec Taylor et Neveldine les dumb et dumber du film d'action. Le constat est finalement très simple, même les meilleurs acteurs du monde ne peuvent pas sauver un mauvais film. Jonah Hex c'est un peu un Ghost rider version country, un film qui semble n'avoir aucune autre ambition que d'enchainer sur 80 minutes un maximum de scènes d'actions et d'explosions. Impossible de savoir à qui en revient la faute, soit à Neveldine et Taylor ou bien aux remontages imposés par Warner mais Jonah Hex est un film sans la moindre continuité et bourré de raccourcis narratifs absolument honteux. Pas le moindre personnage ne trouve donc assez de place pour exister au delà de la caricature et il devient très vite énervant de voir un tel casting être à ce point si mal et sous exploité. Même la naissance de la figure de Jonah Hex est expédié à la va vite à travers une séquence cartoon alors qu'elle est pourtant indispensable à la dimension mythologique du personnage. Josh Brolin se contente donc de jouer le rebelle à la mâchoire serré, Malkovich le méchant de carton pâte et Megan Fox la potiche complète et atout charme du film. D'ailleurs vers le milieu du film les méchants vont aller enlever le personnage interprétée par Megan Fox soit disant pour attirer Jonah Hex dans un piège alors que le héros se fout royalement de ce kidnapping, d'autant plus que jamais il ne sera informé de ce fait (??). Inutile de chercher à comprendre, cette péripétie totalement artificielle ne sert qu'à réintégrer inutilement le décolleté de Megan Fox pour le dernier quart d'heure du film. Visiblement destiné à un très large public Jonah Hex rejette systématiquement la violence par des plans de coupe et même lorsque Jonah Hex pousse la tête d'un méchant dans une hélice de bateau on a la sensation à l'image que le bad guy a juste pris un coup de poêle à frire derrière la tête. Les scènes d'action du film sont dans l'ensemble assez poussive et le film ne fera illusion que pendant une des premières scène lorsque Jimmy Hayward lorgne du coté de Corbucci et de Django en affublant son héros de deux mitrailleuses lourdes ensuite malheureusement le film s'oriente plus vers le Wild Wil West de Barry Sonenfield. On ne retiendra finalement de Jonah Hex qu'une séquence de combat entre un gros dur à cuir et un homme serpent, une scène dont on se demande objectivement ce qu'elle vient foutre dans cette histoire mais qui est pour moi de loin le meilleur moment du film. Jonah Hex est donc une nouvelle adaptation bien calamiteuse de l'univers Comics.
I know who killed me (2007) de Chris Siverston 07/10

I know who killed me est un film qui a lui seul discrédite totalement cette curieuse institution des razzies awards. Le film de Chris Siverston cristallisait en 2007 la haine aveugle de cette cérémonie envers Lindasy Lohan et récoltait du coup sans aucun discernement les titres de pire film, pire réalisateur, pire actrice et pire scénario... Une véritable honte qui va condamner le film au mépris assez systématique du public et presque à l'oubli total en le privant par exemple d'une carrière internationale. Pourtant I know who killed me est loin d'être un mauvais film et même si il est imparfait le premier long métrage de Chris Siverston possède de sérieux atouts à faire valoir avec en premier lieu une ambiance surnaturel absolument fascinante directement héritée du giallo. I know who killed me possède également une histoire solide et suffisamment tordue pour être difficile à résumer en quelques mots. Le film raconte comment une jeune fille de bonne famille se retrouve enlevée par un tueur qui la mutile de manière atroce. Après son évasion la jeune fille semble totalement avoir perdue la mémoire et s'être glisser dans le corps d'une autre personne tout en étant persuadé qu'elle est toujours captive du tueur... I know who killed me offre un univers totalement étrange et entraine le spectateur sur une multitude de faux semblants avec un véritable savoir faire, le récit ainsi que le dénouement du film peuvent ainsi laisser place à divers interprétations plus ou moins cartésienne. Mais c'est surtout par sa mise en scène et son univers graphique que le film de Chris Siverston séduit avec un formidable travail sur la couleur qui fait penser à Dario Argento période Suspiria. Le réalisateur guide souvent le regard du spectateur dans l'image par des touches de couleurs très vives avec une opposition très net entre le rouge et le bleu, un procédé qui n'a rien d'artificiel et qui guide notamment l'héroïne dans sa quête d'indices durant toute la seconde moitié du film. Si le tueur manque un peu de charisme et de présence pour être totalement convaincant en revanche son univers est fascinant avec des instruments de tortures tranchants en verre bleutés du plus belle effet et une violence très sèche qui explose lors de séquences digne du plus radicale des torture porn. Le film baigne dans une ambiance étrange entre Lynch et Argento et le double rôle de Lindsay Lohan permet au spectateur d'imaginer de nombreuses possibilités et explications possibles à cette histoire de la plus simple et donc la moins intéressante à la plus allégorique en passant par la plus fantastique. Concernant Lindsay Lohan, difficile de nier le fait que la jeune actrice est loin d'être mauvaise et que sa performance ne mérite pas plus un Oscar qu'un Razzies, Lindasy Lohan livre tout simplement une jolie performance dans ce double rôle antinomique comme les deux faces d'une seule et même personne, comme les deux penchants de l'adolescence. I know who killed me mérite donc cent fois mieux que sa désastreuse et injuste réputation de navet, il reste à espérer qu'un distributeur saura passer outre pour enfin distribuer le film en France ne serait ce qu'en DVD. Quand on voit le nombre de véritables bouses qui sortent en salles et en DTV à longueur de temps on se dit que ce ne serait que justice.
Rubber de Quentin Dupieux 07,5/10

Quentin Dupieux aime les paris totalement fou et après avoir réussi à tourner un bon film avec Eric et Ramzy, ce qui n'est pas un mince exploit, le réalisateur récidive en tournant un film dont le personnage principal n'est autre qu'un pneu serial killer et télépathe. Comme si ce concept déjà bien barré ne suffisait pas encore Quentin Dupieux intègre dans son film une mise en abime du cinéma avec des spectateurs qui regardent le film dans le film, des personnages qui interpellent les spectateurs et livre une œuvre totalement dédié à la gloire du concept de no reason. Il est donc inutile de vouloir tout expliquer ou rationaliser concernant Rubber et il est préférable de se laisser porter par cette ovni cinématographique à la fois radicale et poétique. Le premier exploit du film est de rendre crédible et pas totalement Z cette histoire de pneu et de lui faire tenir la route sur 80 minutes. La « naissance » du pneu, ses premiers tours de roue hésitant, ses chutes, la découverte de son plaisir à tuer, de sa faiblesse physique et de ses pouvoirs mentaux sont tout simplement des grands moments de cinéma qui rendent l'improbable possible. Ensuite Quentin Dupieux rend hommage à tout un pan du cinéma américain entre road movie, film d'horreur et série B. Sans jamais tomber dans le second degré cynique et parodique Quentin Dupieux finit même par donner une sacrée personnalité à son pneu en l'humanisant par des petites touches amusantes comme lorsqu'il prend sa douche ou regarde fatalement une course de bagnole à la télé. Techniquement très soigné malgré un budget et un temps de tournage des plus restreint Rubber démontre que l'audace, le talent et la radicalité du point de vue suffisent à transcender les plus improbables projets. Rubber s'amuse également avec le cinéma en lui même à travers les spectateurs qui regardent le film avec des jumelles et certains personnages conscient d'être les acteurs d'une œuvre de fiction. Si cette idée casse un peu la structure premier degré de l'histoire du pneu elle permet à Dupieux d'apporter une réflexion sur le cinéma lui même et les attentes des spectateurs. Dans Rubber on voit donc des spectateurs attendant avide qu'il se passe quelque chose et d'autre cherchant toujours à systématiquement tout comprendre et analyser. On voit aussi dans Rubber un curieux personnage qui pour moi symbolise un peu l'image du producteur tentant de faire correspondre et coïncider les attentes des spectateurs et les événements du film. Ce ne sont peut être que des interprétations de ma part mais j'adore cette idée du producteur qui vient gaver ses spectateurs jusqu'à les étouffer (dans une scène qui rend un formidable hommage à Romero) pour qu'ensuite l'exigence du film puisse se liquéfier les acteurs cessant carrément de jouer. Mais voilà il reste encore un spectateur attentif qui ne se gave pas de la première choses que l'on vient lui servir et qui lui a envie de voir et comprendre la fin du film, trop cartésien, trop analytique, trop critique ce spectateur finira par intervenir dans le film afin de critiquer le déroulement de l'histoire et le plan ridicule de la police afin de capturer le pneu avant de finir exploser par ce dernier visiblement très mécontent que l'on vienne hurler et révéler la fin du film. Ne pas bouffer tout et n'importe quoi en légitimant des films de plus en plus cynique et désincarné, ne pas sur analyser et démonter le moindre fait d'un film pour ne pas casser la magie voilà mine de rien sans doute les deux plus gros écueils sur lesquels se fracassent régulièrement les spectateurs et les critiques comme je viens de le faire d'ailleurs. Et puis quelle formidable idée, poétique et absurde de montrer que les films n'existent que si une personne les regarde. Rubber est donc un film dans lequel on doit se laisser embarquer sans chercher à trop savoir pourquoi, un manifeste à la gloire du cinéma Bis et d'une forme de non sens qui droit comme un pneu au beau milieu d'une route déserte est maintenant fermement prêt à s'attaquer à Hollywood.
The last broadcast ( 1998) de Stefan Avalos et Lance Weiler 02/10

The last broadcast est un film qui est sorti de l'anonymat dans lequel il aurait objectivement du rester sur le simple fait que le film aurait fortement inspiré, pour ne pas dire plus, Myrick et Sanchez et leur film Le projet Blair Witch. Tout comme dans l'histoire de la poule et de l'œuf , difficile de savoir qui était vraiment le premier car si The last Broacast est sorti le premier, les deux films étaient en gestation exactement à la même période. Pour mettre tout le monde d'accord il suffirait sans doute d'envoyer Ruggero Deodato qui avec Cannibal holocaust en 1978 avait une belle longueur d'avance sur les 4 réalisateurs réunis. Si effectivement The last Broadcast et The Blair Witch project possèdent de nombreuses et troublantes similitudes en revanche il est incontestable que le film de Myrick et Sanchez explose le film de Avalos et Weiler sur toute la ligne en exploitant à 200% un concept que The last broadcast ne fait qu'à peine effleurer. On serait presque reconnaissant à Daniel Myrick et Edouard Sanchez d'avoir offert avec leur film tout ce que Avalos et Weiler ont ratés dans les grandes largeurs avec le leur. The last broadcast raconte l'histoire de quatre jeunes partis faire un documentaire dans une forêt sur le diable du New Jersey. Des 4 protagonistes un seul reviendra vivant et sera accusé du meurtre sauvage des trois autres. Le film de Avalos et Weiler propose sous la forme d'un documentaire agrémenté des bandes vidéos tournées par les protagonistes eux même de faire la lumière sur cette triste histoire. Alors que Le projet Blair witch se concentrait uniquement sur les bandes vidéo retrouvés, The last broadcast fait intervenir de nombreuses personnes liées à l'enquête pour des entretiens plus ou moins pertinents. Durant 75 minutes le film tient plutôt bien la route même si objectivement cette histoire n'a rien de vraiment passionnant et que les acteurs sont assez peu crédibles en revanche la fin est clairement une honte totale qui vient contredire toute la mécanique du documentaire mise en place auparavant en revenant à une forme plus classique de film pour un twist ending bien moisi. Alors que The last broadcast affiche fièrement au début que les personnages que nous allons voir ne sont pas des acteurs, le film se termine par un générique de fin révélant le noms des acteurs et de leurs personnages. What a fuck !!!! Même si on es pas crédule au point de penser que tout est vrai, on a envie que comme pour Le projet Blair witch le film aille au bout du bout de son concept. Je ne sais pas si Myrick et Sanchez ont pompé honteusement The last broadcast mais une chose est certaine c'est qu'ils ont eu bien raison de le faire afin de transcender le concept d'origine pour transformer une bouse mal branlé en un très grand film qui lui exploite magnifiquement et totalement son idée de départ.
Voilà une semaine se termine, une autre va bientôt recommencer. to be continued...